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Forum Master ICONES "connexion ou déconnexion" : quels sont les dangers et les bons usages ?

Comme tous les ans, les étudiants du Master ICONES (Université Côte d’Azur) ont organisé leur journée de Forum Professionnel. Cette 7ème édition s’est toutefois déroulée virtuellement à cause de la crise sanitaire. Au programme : un débat sur « la connexion et la déconnexion » animé par Rémy Oudghiri, sociologue et directeur général Sociovision du groupe IFOP et Francis Jauréguiberry, professeur à l’Université de Pau et chercheur CNRS. Puis, une table ronde qui a accueilli trois intervenants : Laure Zucchini, responsable Communication Interne de la ville de Cannes, Nathalie Mazeau, coach professionnel et sophrologue certifiée et Nicolas Oliveri, professeur permanent IDRAC Sophia-Antipolis et chercheur SIC.Lab. Petite synthèse de ce qu’il fallait retenir.

Le débat : faut-il se connecter ou se déconnecter ?

« C’est une problématique qui ne date pas d’hier » annonce Rémy Oudghiri. Pour illustrer son propos, le directeur général Sociovision du groupe IFOP donne quelques statistiques :
- ¼ des gens se sentent proches du burn-out lorsqu’ils sont au bureau
- 33 % des gens n’arrivent pas à se concentrer au travail (étant gênés par le bruit des notifications, sonneries, etc)
- 21 % sont connectés au quotidien pour des raisons professionnelles y compris pendant les temps libres, vacances, etc
- La moitié des personnes interrogées veulent télétravailler de temps en temps
- 27 % ne voudrait que télétravailler aujourd’hui

D’après lui, « c’est un nouvel état d’esprit qui naît, la grande majorité des gens veulent se déconnecter, pouvoir ralentir et le développement du numérique accélère et amplifie ce phénomène. » Pour autant si les gens souhaitent de plus en plus se déconnecter, la plupart n’y arrivent pas. L’expert profite de ce forum pour mettre en garde contre les quatre grands pièges de la connexion :
- La dépendance ou l’addiction « les scientifiques comparent la dépendance aux écrans et technologiques à la dépendance à la cigarette. »
- La perte du moment présent « on ne sait plus comment on vit, les journées passent trop vite. »
- L’oubli de l’humain « on perd contact avec ses proches, ses collègues. »
- La disparition du sens «  on ne sait plus ce qui compte et ce qui a de l’importance.  »

Pour conclure, Rémi Oudghiri explique que la déconnexion est parfois vitale : « La connexion a toujours existé, mais il faut savoir prendre le temps de se déconnecter pour devenir meilleur. »

Pour Francis Jauréguiberry, professeur et chercheur CNRS : «  La connexion sert aussi à nous distraire et qui dit déconnexion dit se déconnecter de ses loisirs et activités. » C’est justement ce facteur qui explique que beaucoup mélangent espace privé et espace professionnel, « ils travaillent plus et culpabilisent de ne pas en avoir encore assez fait. » D’après l’expert, la déconnexion est une action difficile à réaliser « cela nous force à rester seul face à nos peurs, nos angoisses, nos doutes. Se déconnecter implique avoir beaucoup de courage, indique-t-il, généralement, nous nous déconnectons de manière subtile et partielle. Si on ne veut pas être dérangé, on ne va pas éteindre notre appareil, on va simplement le mettre en silencieux.  » Si fermer ses écrans et éteindre ses appareils est complexe, pour lui, cela est dû à « la volonté de trouver les informations et les suppléments qui vont être utiles à notre vie, on cherche à ne rien rater. » Mais aussi à cause des outils que l’on utilise au quotidien « aujourd’hui, le téléphone est bien plus qu’un téléphone. C’est un objet utile qui nous apporte une approche transparente de notre réalité (grâce aux applications de traduction instantanée, réveil, météo, ou toutes autre fonction que l’on utilise tous les jours et qui nous semble indispensables). »

Francis Jauréguiberry finit son argumentation sur une idée qu’il considère comme primordiale pour l’avenir, « il faut travailler sur cette nouvelle manière de travailler.  » Pour lui si nous sommes formés à travailler à distance, à travailler en étant surconnectés ou déconnectés totalement, cela sera plus simple pour gérer les différentes situations qui s’imposeront à nous.

Table ronde : les méfaits et les bienfaits de la connexion

Se connecter à Internet pour ses loisirs, le travail, rester en contact ou autre, peut être aussi bénéfique que problématique. Tout dépend de la manière dont on procède, des temps d’utilisations et des limites que l’on s’impose. Durant la table ronde, les spécialistes ont abordé différentes idées. Voilà ce qu’il faut retenir.

- Les risques d’hyperconnexion

Nathalie Mazeau
, coach professionnelle et sophrologue, a insisté sur un problème dont on parle très peu : l’hyperconnexion. « Cela touche tout le monde, tous les âges, tous les domaines et pas seulement les jeunes, car les personnes âgées peuvent elles aussi être accros aux réseaux » indique-t-elle. Certaines personnes ont beaucoup de mal à trouver un équilibre, « il y a des gens qui ont du mal à gérer vie privée et vie professionnelle, car tout s’enchaîne et ils n’arrivent plus à faire la différence. » L’experte tient cependant à ne pas généraliser, « en revanche d’autres se retrouvent dans cette méthode de travail et cela est très bénéfique. »

- Les dangers des technologies

Nicolas Oliveri, l’enseignant-chercheur, délivre un message préventif : « On n’a jamais vraiment mis en cause les technologies, car elles sont considérées comme le bras armé de l’innovation qui permet aux entreprises de se développer, mais leur dangerosité n’est pas assez prise en compte.  » Pour l’intervenant, celles-ci ne sont pas que positives, « ce n’est pas toujours un élément d’épanouissement des employés. Au contraire, cela peut générer du stress et des angoisses, précise-t-il, il faut y prêter un peu plus d’attention et être plus vigilant, sans pour autant en exclure les bienfaits. Le but n’est pas de diaboliser les technologies. » Et pour cela, rien de tel que communiquer un maximum avec ses employés pour savoir comment ils s’en sortent au quotidien.

- L’importance du lien humain

Les trois intervenants de la table ronde s’accordent sur un point : l’importance de garder le lien humain. Laure Zucchini, responsable Communication Interne de la ville de Cannes explique que travailler à distance n’est pas toujours simple « par exemple pendant le confinement, on discutait par mail, par conversation, mais à un moment, on ne se comprend plus et on fini par ne plus s’entendre. »

Un point de vue partagé par l’enseignant « on a réalisé une prouesse technique en un week-end pour s’organiser face au confinement, mais aujourd’hui, la vraie prouesse à réaliser doit être humaine en permettant aux gens de se réunir de nouveau autour d’une table et de régler les problèmes de vive voix. »

Pour la sophrologue, il suffit d’une chose : «  Laisser le choix à tous, pour que chacun puisse adopter la méthode de travail qui lui correspond le mieux. Je vis peut-être dans un monde utopique, mais c’est ce qui permettra de fournir une meilleure qualité de services » annonce-t-elle avant de clore le débat.

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