Le Diable assassiné

Le Diable assassiné

« Gott ist tot ». Dieu est mort sous la plume de Nietzsche, voilà environ 130 ans. C’était assez bien vu, Friedrich : il semble que depuis lors, en effet, la croyance en un système de valeurs morales universelles se soit effondrée. Au profit de l’american way of life, cette métaphysique de supermarché qui caracole en tête de gondole depuis pas mal de temps. Et voilà que surgit une contribution décisive à l’œuvre nietzschéenne : « Devil is dead » déclare Barak Hussein Obama II, philosophe à plein temps et Président des Etats-Unis d’Amérique à ses moments perdus. Le Diable est mort, dézingué par les services spéciaux de l’Oncle Sam : Oussama ben Laden I, terroriste patenté, mythomane avéré, psychopathe probable et incarnation du Mal absolu dans l’iconographie yankee, le fugitif le plus recherché de la galaxie aurait succombé aux Anges du Bien qui le traquent depuis dix ans. Dieu est mort, le Diable est mort, nous voilà bien avancés : pas étonnant que la planète soit cul par-dessus tête.

Alors, évidemment, on échappe difficilement à l’affliction que provoque l’incroyable ramdam orchestré autour de cette affaire. D’autant plus incroyable qu’il était capital de prendre ben Laden vivant : pour lui extorquer ses secrets présumés, pour organiser un procès à la hauteur des crimes innombrables qui lui sont attribués, et pour offrir le vaincu en pâture à la haine populaire. Au lieu de cela, il a été abattu comme un voleur de chevaux au temps de la conquête de l’Ouest. L’histoire ne dit pas si les tueurs ont utilisé des balles hallal, mais on nous assure que ben Laden a bénéficié des rites funéraires conformes aux préceptes de l’Islam, avant que sa dépouille ne soit balancée par-dessus bord – la tête vers la Mecque, doit-on supposer. Il n’y a que les Américains pour oser raconter des calembredaines de cet acabit. Entendons-nous bien : on ne nourrissait aucune sympathie particulière pour l’Ennemi public n°1, dont les crimes revendiqués justifiaient la vindicte publique et la traque opiniâtre des barbouzes américains. Mais comment le Président de la plus grande démocratie du monde peut-il exhiber sa bonne conscience au botox, en affirmant que « justice est rendue » par cet assassinat ? Les nations contemporaines ont mérité leur label de « civilisées » en renonçant à la loi du talion et en accordant le droit au procès à tout prévenu, quels que soient les délits ou les crimes en cause. D’évidence, tel n’est pas le cas en l’espèce. On ne sait comment juger l’allégation de Nietzsche sur la mort de Dieu, mais on peut à coup sûr contester celle d’Obama : le Diable n’est pas mort. Il a simplement changé de camp.

La recette du jour

Justice à la diable

Vous êtes dans le business politique et un énergumène vous en veut à mort pour les horreurs, réelles et supposées, que vous a imposées votre haute charge. Ne perdez pas votre temps avec les procédures légales. Engagez des tueurs aguerris et faites liquider le perturbateur. La chose faite, venez plastronner devant les médias et annoncez que vous avez rendu la justice. Vous serez divinisé pour votre forfait.

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