Amandine Rousguisto, de fil en aiguille
- Par Marie Lesimple --
- le 28 février 2026
Madeleine Chave, directrice de la galerie éponyme à Vence, a depuis longtemps soutenu l’artiste « textile » Amandine Rousguisto, dont les œuvres sont présentées, depuis début février au CIAC de Carros, jusqu’au 7 juin.
Cette exposition lui rend pleinement hommage, car elle se déploie sur tous les niveaux du musée pour montrer en son entier ces vingt ans d’un travail d’une stupéfiante constance.
Le titre de cette exposition, « ?Le Choeur de l’Aube ? », est emprunté à un phénomène mystérieux, ces instants suspendus qui précèdent le lever du soleil. Un moment qui renvoie à des sentiments que chacun a pu éprouver, et qui seront rendus palpables au travers des tissus et de voiles, travaillés miraculeusement avec une aiguille et du fil. Carros célèbre une fois encore la vitalité de l’art contemporain sur la Côte d’Azur.
Si l’art textile n’est pas, ou plus, essentiellement féminin, il trouve son public par le travail de femmes artistes comme Sonia Delaunay qui, en chef de file, l’a fait sortir de la sphère domestique et des ateliers de couture. De nombreuses artistes depuis lors s’en emparent, et une approche spécifique se développe à travers des recherches formelles, s’éloignant du costume ou de la tapisserie ethnique, davantage en lien avec les théories esthétiques contemporaines. Il gagne une ampleur inédite, bien souvent dans des œuvres monumentales. Ainsi, le marché de l’art connaît un véritable engouement pour les médiums tressés, tissés ou noués, des figures historiques aux artistes émergents…
Le Niçois Marcel Alocco, artiste, plasticien, en même temps écrivain et poète, figure importante de l’École de Nice, est connu pour élever l’aiguille à son rang le plus noble, au point que certaines de ses œuvres sont entrées dans les collections du Centre Pompidou. Sa présence au sein de cette exposition se fait discrète mais remarquable, le château l’a bien souvent accueilli lors d’expositions collectives.
À son tour, Amandine Rousguisto reprend à sa manière ce patient et minutieux travail d’araignée, discipline indisciplinée, virtuose, fragile, méditative, silencieuse, acceptant l’inachevé et la naissance d’un monde en mouvement. Qui aurait pensé, avant Amandine, utiliser les aiguilles, outil des petites mains, dans un tendre manifeste du geste des couturières, avec autant d’invention et de poésie ?
Sur ses œuvres, les aiguilles se défendent, bardant les tissus d’une armure brillante. Elles sont à lire en transparence, on peut les regarder à l’endroit, à l’envers, en contre-jour, avec autant d’effets. L’artiste explore les innombrables textures des matières, ses transparences déchirées, froissées, maintes fois reprises à petits traits erratiques, comme d’humbles traits de crayon qui auraient repris leur énergie guerrière, les points de couture leur noblesse, et les traces de peinture leur mouvement.