Cagnes : Alexis Gritchenko, un peintre vagabond
- Par Marie Lesimple --
- le 11 avril 2026
Aller à la rencontre du peintre Alexis Gritchenko, un Ukrainien pour qui la Méditerranée était devenue sa véritable patrie, c’est effectuer un voyage artistique autour de la grande bleue au début du siècle dernier. Comme une plongée artistique dans le milieu d’avant-garde, pour comprendre le cheminement d’un artiste associé aux mouvements qui ont agité cette époque : le cubisme, le futurisme et le constructivisme.
Il y a des écrivains voyageurs et « des peintres vagabonds ». Faire une visite à cette exposition au château-musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer est aussi une occasion de (re)découvrir le vieux bourg haut perché, soit en grimpant à pied les ruelles pentues - une expérience à elle seule - soit en affrontant plus sagement les rudes pentes avec la navette gratuite. En cas de grosse chaleur, n’hésitez pas à voyager assis…
Avec sa palette, Gritchenko offre un voyage joyeux. Devant ses toiles, on se trouve face à son étonnement toujours renouvelé devant les paysages dont les lignes sont traduites dans l’énergie et l’inventivité de ses coups de brosse superposés, avec une liberté réjouissante. Il explique très bien sa démarche dans son livre « L’Ukraine de mes jours bleus », dans lequel il écrit : « je ne peux peindre que dans la joie, dans la santé, c’est-à-dire dans l’harmonieux équilibre de l’esprit et du corps ».
De ses jeunes années passées dans une Ukraine aujourd’hui disparue, il garde des souvenirs lumineux qui se traduiront sur ses toiles par une recherche constante des couleurs vives et une célébration de la lumière méditerranéenne. L’abondance et les épaisses couches de peinture sont dues aux influences reçues pendant un séjour à Paris et à ses rencontres avec des artistes venus d’Europe de l’Est. Après son installation à Cagnes-sur-Mer, il célébrera les paysages, les jardins et l’architecture azuréenne.
« Natures vivantes »
Intimement lié à l’histoire artistique de notre région, Alexis Gritchenko a, dans sa jeunesse, reçu une solide formation intellectuelle et artistique dans son pays, puis à Moscou, ayant même étudié l’art des icônes et écrit un essai sur ce sujet. L’exposition au château-musée retrace ses itinérances à travers une sélection d’œuvres provenant de collections privées, de musées français et du musée d’Art d’Ukraine. En sa compagnie, on visite le Portugal en 1924 ; le Lot et le Midi de la France en 1925, puis la Bretagne, l’Espagne, le Limousin, la Turquie. De notre région, il met en valeur les paysages de Menton, Roquebrune-Cap-Martin, Villeneuve-Loubet, Biot et Cagnes-sur-Mer, les montagnes indigo, la flore, les personnages qui les animent parfois.
Dès son arrivée dans un Paris d’une grande effervescence artistique, son style personnel fut remarqué par la critique, pour ses qualités avant-gardistes marquées d’une grande liberté formelle. L’influence cubiste et futuriste n’est cependant pas immédiatement visible, surtout si on compare son œuvre avec celles plus emblématiques de Picasso ou de Braque. Nous trouvons également dans cette rétrospective cagnoise de magistrales natures mortes, qu’il préfère qualifier de « natures vivantes », et des paysages marins qui laissent libre cours à la puissance de son expression.
Le château-musée Grimaldi avait déjà exposé Alexis Gritchenko par deux fois de son vivant. Il lui rend à nouveau hommage avec cette exposition qui fera découvrir le peintre à de nouvelles générations.