Chagall : de nouvelles œuvres présentées à Nice
- Par Marie Lesimple --
- le 21 février 2026
Exquises esquisses des plafonds de l’Opéra de Paris. Non moins exquises esquisses et maquettes que Chagall a réalisées en réponse à une commande du Ballet Theater de New York pour la scénographie de L’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky. À ces œuvres encore jamais montrées à Nice s’ajoutent vingt-quatre collages de papiers et de tissus découpés et d’étonnantes céramiques : un ensemble de travaux renouvelant à nos yeux l’image d’un créateur curieux de tout. Leur exposition à la fondation de Nice vient de commencer. Elle vaut urgemment une visite, d’autant plus qu’elle sera d’assez courte durée.
Cet ensemble est une partie des 141 œuvres dont Bella et Meret Meyer, petites-filles de l’artiste, ont fait don aux collections nationales, et dont Nice va profiter. Ce prêt exceptionnel au musée niçois sera présenté en deux volets, jusqu’au 17 mai avec les œuvres énoncées ci-dessus, et un second volet du 23 mai au 21 septembre.
C’était le souhait d’André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, de moderniser l’Opéra Garnier, un projet grandiose et osé, mené à bien par Chagall, qui a refusé de se faire rémunérer, et un ministre qui avait le dos large pour recevoir les nombreuses attaques conservatrices : « l’admiration s’adresse au plafond, et les attaques à moi », écrira Malraux au peintre. Certains estiment encore de nos jours non seulement qu’il n’y a pas de quoi… sauter au plafond, mais qu’encore cette peinture jure avec le baroque et ses ors ternis. Des attaques d’un côté, des succès éclatants de l’autre. Bien souvent à l’étranger sont publiées en pleine page l’image de ce plafond de 220 mètres carrés peint à l’huile, célébrant d’une manière peu ordinaire et avec une fraîcheur poétique des musiciens que Chagall, mélomane, révéra : Debussy, Ravel, Moussorgski, Mozart et d’autres, ainsi que, par exemple, Rostropovitch, dont l’effigie est représentée, ainsi que celle d’André Malraux à sa fenêtre. Le jeu étant de s’amuser à identifier ces grands personnages.
C’est dans un délai très restreint que Chagall dut s’atteler à la conception de l’ensemble des décors et de 80 costumes du ballet L’Oiseau de feu de Stravinsky, commande du Metropolitan Opera de New York réalisée suite à la création du plafond de l’Opéra Garnier et à son immense succès. L’artiste fut aidé par sa fille Ida et par l’écrivaine Edith Luytens. La première eut lieu le 24 octobre 1945. Si la chorégraphe était dubitative, la presse fut emballée. Georges Balanchine en proposa une autre version en 1970, qui entre au répertoire. Les images que le musée niçois diffuse de cette spectaculaire production complètent à merveille les esquisses, gouaches et collages.
À cette donation s’ajoute une série de 24 collages. Ils illustrent une incessante quête d’innovation, des recherches plastiques sur la matière conçues comme des travaux préparatoires pour ses projets. Naissent des formes inédites, et à nos yeux fortes et émouvantes, par l’énergie vitale qu’elles transmettent. Cette même vitalité, on la retrouve dans le travail de la pierre, dans toutes ses formes : la sculpture en taille directe dans le marbre, la céramique, le plâtre, le détournement d’objets. Chagall accorde un fort intérêt à la texture, joue avec la lumière, les surfaces courbes, incorpore les accidents, utilise les incisions.
Une leçon !