Expo : Des « Archanges »

Expo : Des « Archanges » de lumière à Port Lympia

En 1950, alors que beaucoup d’entre nous n’étaient pas encore nés ou trop jeunes pour s’en rendre compte, il se passait vraiment quelque chose à Vallauris… Un foyer d’effervescence culturelle capable de fasciner peintres, musiciens, écrivains et des personnalités très en vue comme Pablo Picasso, Georges Braque, Jean Cocteau ou Jacques Prévert. Un couple d’artistes, beaux comme des anges, qu’André Villers photographia avec gourmandise, s’est alors investi dans une mission quasi divine pour porter la céramique dans une autre dimension en envoyant au diable la symétrie des pièces (vases, pots…) qui était jusqu’alors la « règle ». Ils ont créé de la lumière à partir d’un simple matériau, la terre, unie au feu dans un mariage particulièrement réussi.

Lilette et Gilbert Valentin ont fondé à cette époque l’atelier-galerie « Les Archanges ».
L’exposition de la Galerie Port Lympia déploie une rétrospective complète consacrée à ces deux figures de la céramique d’après-guerre, à côté desquelles le grand public a pu passer tant l’ombre de Picasso était large et sombre. Une centaine d’œuvres, des photographies et des documents inédits montrent un demi-siècle de recherches, de créations autour de la poterie et des émaux, des sculptures métalliques aussi, et des œuvres aussi symboliques que poétiques de la fin de leur carrière.

Lilette et Gilbert Valentin ©Collection Valentin

Ils se sont installés dans une poterie désaffectée qui produisait des pièces utilitaires pour la cuisine et en feront « un lieu magique » (Cocteau) où ils travailleront et vivront avec leurs cinq enfants. C’est là, précisément, qu’eut lieu le renouveau de la céramique de Vallauris, jusqu’alors en perte de vitesse avec l’arrivée sur le marché de matériaux « modernes ».

Gilbert tourne, modèle ou coule des formes originales : des pichets sans anses, des vases zoomorphes et anthropomorphes, des pièces animées par des décors abstraits sur fond de granité noir très profond, de gris, sur lesquels sont projetées de brillantes taches de jaune, d’orange, de turquoise, de blanc. Créateur, il est aussi un technicien hors pair, conscient de la dimension métaphysique et un peu surhumaine de « ce métier cosmique ».

Lilette ne sera pas une simple muse, ni même une épouse au foyer. Elle met aussi la main à la pâte, à la terre chamottée. Elle est au four et au moulin… Ensemble, ils mettent au point des techniques de cuisson (on n’imagine pas à quel point cet art, et non cet artisanat, est compliqué).

Ce travail en commun aboutit à des formes étonnantes, qui nous tapent dans l’œil immédiatement : des plats elliptiques, des pichets oiseaux, des vases décentrés, des bougeoirs expressifs, en dehors des normes établies, sans rien respecter de l’orthodoxie. Pour leurs travaux, ils mettent au point un tour asymétrique, s’intéressent au tissage pour créer eux-mêmes leurs vêtements, Lilette fabriquant aussi des abat-jour en raphia, des colliers en céramique. Ils ont créé un univers total bien à eux.

Jusqu’au 18 octobre, entrée gratuite.

Photo de Une ©ML