Expo : Esther Morisse le dit avec des fleurs
- Par Marie Lesimple --
- le 3 janvier 2026
Nous avons croisé, par hasard, Esther Morisse dans l’appartement-galerie du dernier étage du musée d’Art naïf Anatole-Jakovsky de Nice. Vêtue pour l’occasion d’un pull vert pomme, contrastant avec ses cheveux orange. En véritable coloriste, elle semblait émerger de l’un de ses tableaux, habités par des femmes au milieu d’une luxuriance de fleurs. Sa peinture est fraîche, précise, ce qui n’exclut ni la poésie, ni la fantaisie, ni la sensualité.
Inclassable figure niçoise
Le musée Jakovsky lui offre cet espace jusqu’au 4 janvier, où il est possible de rencontrer l’artiste (elle se tient en général à la disposition du public le week-end). On la retrouvera aussi du 23 janvier au 28 mars à l’Espace Les Arcades, dans le vieil Antibes, dont les 400 mètres carrés seront consacrés à son exposition « Nature Vivante ».
Si, comme nous, vous ne connaissez pas encore cette inclassable figure niçoise, il est temps de rencontrer celle qui reprend avec gourmandise la formule de Baudelaire : « Prenez garde à la peinture ». Cette formule du poète a valeur de mise en garde, commandement, alerte, avertissement ou simple annonce. Son amie de toujours, l’écrivaine Susie Morgenstern, préface avec beaucoup de perspicacité et de sensibilité sa plaquette : « Le dessin d’Esther est d’une force supersonique, sur-anatomique, musclé ». Le dessin, cet art authentique et émouvant, est très présent dans les œuvres de l’artiste puisque certaines de ses toiles sont pour moitié peintes et pour moitié dessinées.
Si Susie Morgenstern la compare au Douanier Rousseau, nous trouvons aussi une dimension Pop Art dans ses créations, et une façon de peindre les fleurs dans toute leur gloire qui se rapprocherait de celle de Georgia O’Keeffe. Ses nus font penser à ceux de Wesselmann, qu’elle ne connaissait pas quand elle a commencé à les peindre, parce qu’à cette époque (nous parlons du milieu du siècle dernier), il était encore peu présenté en France. « Je faisais de la peinture figurative, alors que tout le monde peignait abstrait ». De nos jours, l’art figuratif n’a pas dit son dernier mot et son retour en grâce convient bien à Esther Morisse, qui n’a jamais varié.
D’origine italienne, elle a adopté Nice dès son arrivée à l’âge de dix ans. À la villa Thiole, elle a suivi les cours du soir pendant des années de monsieur Huguenin, élève de Fernand Léger, dont elle parle avec affection. Elle en a tiré une technique irréprochable. Comme son mari, qui fut créateur en bijouterie et peintre lui-même.
