George Sand : une Berrichonne au Panthéon ?
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 3 mai 2026
Flaubert écrira : « il n’y a qu’un homme dans ce siècle, et c’est une femme : George Sand ». La bonne dame de Nohant, inhumée dans le jardin de son château berrichon, va-t-elle faire son entrée au Panthéon ? L’occasion en est donnée à l’occasion du 150e anniversaire de sa disparition. Nombreux sont ceux qui, dans son pays de bocage et d’élevage du cœur de la France, voudraient la voir reposer aux côtés des grands hommes qui sont aussi parfois des femmes (Sophie Berthelot, Marie Curie, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Simone Veil, Joséphine Baker et Mélinée Manouchian).
Les personnalités de la province du Berry se mobilisent pour obtenir la panthéonisation de l’auteur de La Petite Fadette, de La Mare au Diable et aussi de brûlots politiques qui l’ont souvent mise en délicatesse avec les autorités de son époque : Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur, maire de La Châtre, la cité voisine, les députés et sénateurs, les présidents des conseils départementaux du Cher et de l’Indre et celui de la région Centre-Val de Loire. Ils ont pris leur plume pour demander à Emmanuel Macron qu’elle repose dans le saint des saints des grands personnages.
« Écrivaine, journaliste, républicaine, femme de combat, naturaliste, George Sand s’est battue toute sa vie pour défendre courageusement la République et ses principes. Elle fut également une ardente défenseuse de la cause des femmes, ouvrant par son œuvre et par sa vie un chemin d’émancipation » justifient-ils dans leur courrier. « Elle demeure l’une des rares grandes figures féminines de notre histoire à avoir fait de la campagne française un lieu de pensée, de création et d’engagement. L’ensemble des idées, prises de position et combats de la romancière demeure aujourd’hui d’une totale actualité ».
L’entrée au Panthéon se décide après un certain ‘lobbying’ : des pétitions d’élus, d’associations et de citoyens suggèrent les héros à distinguer. Mais il n’y a qu’un seul décisionnaire : le président de la République. Il n’a aucune obligation à suivre les propositions qui lui sont faites. Son choix, sans appel, fera l’objet d’un décret. L’entrée dans le temple laïc donnera lieu à une cérémonie hautement symbolique : on pense bien sûr au célèbre « Entre ici Jean Moulin » prononcé par André Malraux lorsque la France a honoré le résistant martyr.
Aurore Dupin, baronne Dudevant, son nom à l’état civil, a connu un énorme succès littéraire. Elle a laissé une œuvre monumentale avec soixante-dix romans et une cinquantaine de recueils allant des contes aux pièces de théâtre en passant par des textes politiques ainsi qu’une correspondance abondante. Au sens propre comme au figuré, elle porte le pantalon (scandale !), fume le cigare (re-scandale), fustige les chaînes du mariage (mais pour qui se prend-elle celle-là ?), vit ses amours (Jules Sandeau, Musset, Chopin, Delacroix…) au grand jour, pied de nez aux bonnes manières d’une société alors très conservatrice. Elle a compté dans la vie intellectuelle de son époque par des prises de position dans les journaux, comme la défense des condamnés de 1830 et ceux de la révolution de 1848, ou encore de Victor Hugo contraint à l’exil. Justement, laissons à l’auteur de La Légende des siècles le mot de la fin : « George Sand a dans notre temps une place unique. D’autres sont les grands hommes ; elle est la grande femme ».