« Jean, André et les autres » à l’Artistique
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 23 mai 2026
Ce pourrait être une version niçoise du livre de Jules Romains « Les Copains » ou du film de Julien Duvivier « La Belle Équipe », tant l’amitié et le sens de la fantaisie constituent un fil rouge, aussi sûrement que leurs créations. Mais l’exposition « Jean, André et les autres » présentée à l’Artistique est plus que cela : c’est une fenêtre sur quelques-uns des plasticiens qui firent briller la Côte d’Azur à la fin du siècle dernier. Elle est représentative d’une époque, sans doute plus légère que la nôtre, mais qui n’était pas dénuée de convictions, avec des engagements politiques et civiques démontrant l’avance de ce groupe sur la société de son temps.
La galerie Ferrero s’est spécialisée dans les années 1970 sur les artistes de l’École de Nice et du Nouveau Réalisme. Elle a été un point d’ancrage important pour ces mouvements, leur offrant visibilité et notoriété. Elle fut le catalyseur de ces créateurs, tous de fortes personnalités, à l’image d’Arman et Ben, pour ne citer qu’eux. Pour Jean Ferrero, c’était la suite logique de sa période de photographe professionnel, lorsqu’il créa un studio sur le boulevard Delfino, portraitura dans leurs ateliers les artistes de la région (Picasso, Hartung, Chagall…), vendant ses clichés jusqu’aux États-Unis. Il immortalisa sur la pellicule des moments et des rencontres que l’on découvre avec plaisir.
C’est une sorte d’album de famille, avec des photos de garnements qui ne se prenaient pas trop au sérieux, mais quand même.
À la collection Ferrero s’ajoute celle du Saint-Paulois André Verdet, dessinateur, peintre, poète, écrivain, céramiste, sculpteur, touche-à-tout, ami des artistes qui fréquentaient son village et la région. Mille vies, en somme, tournées vers l’art. La rencontre avec Ferrero était inévitable. Elle donna lieu à une solide amitié, avec des goûts et des valeurs partagés, à des virées mémorables en Italie. Les deux compères sont sur la même longueur d’onde : Ferrero organise une expo-rétrospective Verdet à Nice (1973), Verdet met sur pied une expo Ferrero à Saint-Paul (1974).
Aujourd’hui, en jargon économique, on parlerait de « fertilisation croisée », mais ce serait inexact, car les deux gardèrent leur propre vista artistique.
Verdet comme Ferrero firent une donation à leurs villes respectives, qui permet aujourd’hui de réunir les œuvres présentées à l’Artistique. On retrouvera sur les cimaises César, Gilli, Malaval, Venet et quelques autres, représentants d’une génération disparue mais si marquante dans le paysage culturel azuréen.