Les « corps vivants » de Michel-Ange et Rodin
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 9 mai 2026
Michel-Ange (1475-1564) et Auguste Rodin (1840-1917) entretiennent, à quatre siècles d’écart, de puissants liens esthétiques. Chacun a créé en son temps un style bouleversant les codes de la sculpture, mais l’on retrouve dans leurs œuvres une démarche commune qui va bien au-delà de la simple recherche esthétique. Le musée du Louvre présente actuellement « Corps vivants », une exposition – exceptionnelle – consacrée aux deux maîtres.
« Leurs œuvres, qui incarnent la force du corps et la profondeur de l’âme, se rencontrent dans une confrontation inédite » à l’occasion de cet événement qui convoque en un même lieu des marbres, des bronzes, des plâtres, des terres cuites et moulages ainsi que de nombreux croquis et dessins. « En montrant filiations, emprunts et détournements, l’exposition propose une lecture sensible des mythes des deux artistes et invite à repenser la sculpture non pas comme un élément qui fait forme mais comme un laboratoire d’innovations artistiques ».
Un total de deux-cents œuvres sont réunies dans cette collaboration entre le musée Rodin, qui détient le droit moral et inaliénable de l’artiste de Meudon, et le Louvre, propriétaire de deux sculptures emblématiques du Florentin, « L’Esclave mourant » et « L’Esclave rebelle ».
Loin des artistes maudits qui ne sont reconnus qu’après leur mort, Michel-Ange et Rodin furent salués de leur vivant pour la qualité et l’originalité de leur travail qui repoussait les limites de l’art de leurs époques respectives. Si le Florentin fut certes éclipsé aux XVIIe et XVIIIe siècles au profit du peintre Raphaël, il est redevenu une référence incontournable grâce aux artistes romantiques qui « redécouvrirent son talent, sa force, son originalité. Avec ses corps puissants, parcourus d’une vie intense, Michel-Ange veut insuffler une âme au marbre. Il initie un nouveau style, le maniérisme ».
Auguste Rodin, héritier des siècles de l’humanisme, s’est trouvé au croisement du romantisme et de l’impressionnisme. Il « abolit l’aspect réaliste des corps, se concentrant sur leur vitalité » et se fait ainsi l’héritier de Michel-Ange. Chez les deux créateurs, on retrouve le « non finito » (aspect inachevé de certaines sculptures), « la relation entre corps et âme, l’énergie vitale. La mise en valeur des qualités propres des matériaux joue un rôle fondamental dans la genèse des formes comme dans la manifestation des sentiments ».
Au Louvre, l’exposition rend visible l’énergie intérieure du corps chez les deux créateurs de génie. L’exposition se parcourt en regardant en miroir les mêmes thèmes traités par les deux artistes. Il est ainsi surprenant de pouvoir comparer « L’Esclave mourant » à « L’Âge d’airain », et « L’Esclave rebelle » à « Jean d’Aire », qui ont aboli les siècles et les distances pour cohabiter dans la rotonde du hall Napoléon du Louvre.
Jusqu’au 20 juillet. Une collaboration Le Louvre – Musée Rodin.