PHOTO. Michael Kenna, (…)

PHOTO. Michael Kenna, poésie en noir et blanc

À l’heure de la photo couleur numérique instantanée, aussi vite prise que consommée et… oubliée, le Britannique Michael Kenna poursuit une œuvre au long cours, en noir et blanc, entamée il y a une quarantaine d’années. Ses clichés sont réalisés en argentique, avec de bonnes vieilles pellicules, et son fidèle appareil Hasselblad, qu’il promène depuis ses débuts dans de nombreux pays du monde.

Le Musée de la photo de Nice présente l’exposition « Constellation », soit 124 tirages choisis parmi plus de 4 000, qui résument la carrière de cet artiste dont la première qualité est de donner du temps — ou temps — pour observer la nature et les villes, pour réaliser des photos aussi poétiques qu’esthétiques. Il a pointé son objectif sur les paysages industriels du nord de l’Angleterre et de la « ceinture d’acier » de Detroit aux États-Unis, mais aussi (et beaucoup) en France, s’attardant dans les jardins Le Nôtre, et à Nice. À l’évidence, il affectionne aussi Venise et l’Italie, l’Europe, les USA et l’Asie, qui correspond bien à sa recherche du zen.

Passé par la publicité – il faut bien vivre... – Kenna n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il photographie la nature. Au Japon comme en Europe ou aux États-Unis, il a repéré certains arbres qui, par leur forme et leur position dans l’espace, l’invitent à une méditation contemplative. Il les photographie, de jour comme de nuit, en pose ultra longue, par tous les temps et en toutes saisons. Cette façon de faire est toujours expérimentale en argentique (contrairement aux appareils numériques, le photographe ne sait pas vraiment ce qu’il a capté, il doit attendre le développement et le tirage), elle crée des vues très graphiques qui semblent flotter dans l’espace. Il réalise un très gros travail au laboratoire qui concourt autant que la prise de vue à l’aspect de ses photos.

Il suit la même démarche avec les paysages urbains ou industriels. Il n’y a aucune présence humaine dans ses clichés, dont la douceur allant parfois jusqu’à l’évanescence nous invite dans son monde sensible.

Le noir et blanc ajoute au mystère. Il permet, en effectuant un pas de côté, d’admirer toute la beauté de ce qui nous entoure, et d’apprendre à regarder autrement, car du banal naissent aussi des choses sublimes, comme dans l’objectif de Michael Kenna.

Jusqu’au 25 janvier

Photo de Une : © Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, MPP Pont des Arts, Study 1, Paris, France, 1987.