43e journée du patrimoine : un samedi à l’École
- Par Marine Einaudi --
- le 19 septembre 2026
Plusieurs centaines de sites, églises, musées participent aux Journées européennes du patrimoine ce week-end. Cette 43e édition met à l’honneur le Patrimoine de la photographie et le thème « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ». Cette année, notre rédaction a choisi d’aller à l’école un samedi matin pour découvrir l’École Freinet à Vence, classée au patrimoine depuis 2001.
« Il y a une vraie histoire, même plusieurs histoires dans ce lieu, je suis ravi d’apprendre tout cela. » Munawar est ébloui par ce qu’il découvre pas à pas. Guidés par les enfants, les visiteurs font connaissance avec Célestin et Élise Freinet à travers l’architecture et l’aménagement de leur école.
sont nos guides pour la
visite de l’école ©ME
Les Freinet s’installent sur la colline du Pioulier en 1933. « Ils construisent l’école avec peu de moyens, avec l’aide des voisins, des amis maçons et de quelques enfants. Au départ, c’était un internat, il accueillait des orphelins, des réfugiés de la guerre d’Espagne, des enfants malades… » Tessa, élève de CM2, évoque la vie de ceux qui l’ont précédée. Un mode de vie proche de la nature avec un verger et un potager qui leur permettaient d’être autosuffisants. Sur le site de l’école, un bassin sert à l’irrigation mais aussi « à la baignade, les enfants y pratiquaient le choc froid tous les matins, été comme hiver, pour provoquer un contraste de température bon pour la santé comme dans les saunas des pays nordiques. » C’est Félix qui résume cette pratique chère à Célestin Freinet. La vie s’écoule ainsi sur la colline jusqu’au déclenchement de la guerre.
Terre de résistance
En 1940, Célestin Freinet est arrêté par la police de Vichy pour ses idées politiques « accusé de cacher des messages codés dans les fichiers de calculs et d’opérations, il est interné dans un camp. L’école est confiée à Joseph Fisera, un résistant franco-tchèque qui en fera une école chrétienne qui affiche son soutien au général Pétain. » Juliette explique qu’il cache en fait des Juifs, enfants et adultes. Cette couverture permettra de sauver 129 Juifs de la déportation.
Pédagogie
L’école d’aujourd’hui reste fidèle à la pédagogie de Freinet comme il se faisait appeler car Célestin n’aimait pas son prénom. « Nous avons été formées par des enseignantes qui ont travaillé aux côtés d’Élise Freinet. Des chercheurs et des enseignants du monde entier viennent régulièrement visiter et observer le fonctionnement de l’école. » Aurélia Levet est la directrice de l’établissement.
Au cœur de cette pédagogie, l’enfant acteur de ses apprentissages, « Freinet choisit de créer son école sur un terrain escarpé avec des rochers, des racines, une forêt… Il a même construit des marches irrégulières pour que l’enfant développe sa motricité naturelle et son agilité dès tout petit. » raconte Marlon qui grimpe aux arbres et dévale les sentiers depuis la maternelle.
Freinet permet aux enfants de s’exprimer, de parler de leur vie, de leurs centres d’intérêt par l’écriture de textes libres.
« Il se procure une petite presse pour que les enfants puissent imprimer et publier leurs propres textes. » Juliette et Marlon en font la démonstration dans la classe des petits. Il y a aussi l’art enfantin, une méthode naturelle de dessin : Élise Freinet disait « l’enfant doit pouvoir peindre comme il parle », comme l’évoque Marie Masquelier, enseignante des grands. « À l’époque, elle est encouragée et soutenue par de grands artistes comme Picasso, Dubuffet, Chagall… Prévert est même venu à l’école. » comme n’oublie pas de le rappeler Tessa.
La pédagogie offre une large place à l’apprentissage de la démocratie. Lors des grandes réunions de coopérative, toute l’école se rassemble au théâtre pour « féliciter les belles actions, parler des problèmes, proposer des projets… » Félix explique le déroulement des regroupements.
est le symbole de l’école
©ME
Les curieux venus en nombre sont charmés comme Coline et Ibrahim : « on a envie de revenir à l’école… (rires) cette autonomie et la confiance accordées aux enfants, c’est vraiment génial ! »
Le grand chêne est le symbole de l’école, de cette confiance et de cette autonomie comme le dit Marlon avec émotion « dès tout petit, les enfants tentent de grimper dans le chêne, ils courent sur son tronc et essaient de toucher la branche. Cela demande beaucoup d’effort, de patience et de persévérance. Lorsqu’on réussit, c’est une grande fierté. »
Quand les Freinet ont acheté le terrain, le chêne était tout petit et Freinet avait alors dit : « En voyant grandir ce chêne, on verra grandir notre école. »









