La LPO va saisir le Conseil d’État contre le nouveau classement des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts »
- Par Valérie Noriega --
- le 24 août 2026
La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) annonce dans un communiqué du 24 août un nouveau recours devant le Conseil d’État contre l’arrêté ministériel qui renouvelle jusqu’en 2029 le classement de neuf espèces sauvages parmi les « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD).
Publié au Journal officiel le 21 août, l’arrêté du 10 août 2026 concerne quatre mammifères - la Martre, la Belette, la Fouine et le Renard - et cinq oiseaux : la Pie bavarde, le Geai des chênes, la Corneille noire, le Corbeau freux et l’Étourneau sansonnet.
Selon les départements, ces animaux pourront être piégés ou abattus en dehors des périodes ordinaires de chasse. Certaines opérations pourront être menées toute l’année et sans quota.
75 000 contributions lors de la consultation publique
La décision intervient après une consultation publique organisée du 9 au 30 juillet. Quelque 75 000 contributions ont été déposées, dont 89 % étaient défavorables au projet, selon la LPO. L’association, qui estime qu’environ 1,7 million d’animaux sauvages sont tués chaque année dans le cadre de ce dispositif, conteste depuis plusieurs années son efficacité. Elle réclame notamment le recours à des mesures de prévention : protection des élevages et des cultures, sécurisation des bâtiments, effarouchement ciblé ou utilisation de répulsifs.
La Martre de nouveau classée dans 14 départements
La présence de la Martre dans le nouvel arrêté constitue l’un des principaux motifs de contestation de la LPO. L’association rappelle que le Conseil d’État avait annulé, le 13 mai 2025, son classement parmi les ESOD dans les 26 départements concernés à l’époque. Selon la LPO, le maintien de la Martre dans le nouveau texte marque également un recul par rapport aux orientations annoncées par l’État dans le cadre de la Stratégie nationale pour la biodiversité 2030. L’espèce est finalement réintroduite dans le classement dans 14 départements. Le texte définitif prévoit également une extension du classement du Corbeau freux. L’oiseau figure parmi les ESOD dans 17 départements supplémentaires par rapport au projet soumis à la consultation publique.
Des études contestent l’efficacité des destructions
La LPO s’appuie également sur plusieurs travaux scientifiques pour contester le dispositif. Des études publiées depuis 2023 ont remis en cause son efficacité, tandis que de nouveaux travaux menés en 2026 ont porté notamment sur la gestion des populations de renards.
Une étude citée par l’association estime par ailleurs que le coût de la destruction des espèces considérées comme nuisibles pourrait être cinq à quinze fois supérieur aux dégâts qu’elles occasionnent. La LPO souligne aussi le rôle écologique de ces animaux, notamment dans la régulation des rongeurs, la dispersion des graines ou l’élimination des cadavres.
L’association annonce désormais qu’elle saisira une nouvelle fois le Conseil d’État pour contester le classement. « À contre-courant des connaissances scientifiques et des décisions de justice, l’État persiste dans le déploiement d’un système archaïque », dénonce son président, Allain Bougrain Dubourg.