Nice Plogging : La course au ramassage de déchets
- Par Marine Einaudi --
- le 2 janvier 2026
Les 5 commandements du plogging : tu créeras du lien, tu pratiqueras une activité physique, tu dépollueras en ramassant les déchets, tu sensibiliseras en envoyant un message au monde et tu te feras du bien.
Dimanche 10h du matin, opéra Plage, l’équipe du Nice Plogging, fidèle au rendez-vous dominical se retrouve. « Si ça vous dit, certains peuvent aller à la digue du port… » Mathieu Perino, le président, propose quelques idées avant que les bénévoles ne se dispersent pour une heure de ramassage.
Aujourd’hui, ceux qui arpentent les rues du Vieux Nice ont une petite vingtaine d’années seulement mais la maturité de leur engagement est bien réelle. Sujeve, en master 1 de stratégie digitale à Saint Jean d’Angély, a trouvé une bonne raison de se lever le dimanche : retrouver ses copains du « plogging » Linda, Daniel, Zahra et Olivia. Plusieurs motivations à la clé pour eux : les étudiants du groupe prennent part au dispositif proposé par l’Université de Nice, l’engagement Center. « Tu donnes un minimum de 20 h par semestre de ton temps pour une mission citoyenne et tu bénéficies de 0,25 point en plus sur ta moyenne générale ; c’est le bonus engagement », explique Sujeve. Et de poursuivre : « C’est aussi une ligne en plus sur le CV qui te valorise lors des entretiens de stage car les entreprises, dans leur démarche RSE, sont attentives à ce genre d’expériences. »
Activité inclusive
Les arguments qui incitent la jeunesse à agir sont nombreux. Dans la liste, il y a également les rencontres, la convivialité. Linda, la jeune Varoise, a découvert la ville en marchant et en ramassant et elle s’est fait une bande d’amis « ploggers ». Daniel, 24 ans, technicien motoriste, a répondu au Green deal du département : une aide financière proposée aux 18-24 ans engagés pour le climat dans une association à raison de 50 heures entre septembre 2023 et septembre 2024. Daniel a saisi une opportunité certes mais qui s’est transformée en conviction : « J’ai fait des rencontres et avec le temps, la cause m’a vraiment touché et du coup j’ai continué. »
Les mains plongées dans les jardinières à la recherche des mégots, le dos courbé sur la chaussée pour traquer le déchet infiniment petit avant qu’il ne finisse dans le caniveau... Un travail de fourmis. Un serveur de bar du quai des États Unis les salue et les remercie chaleureusement. Un passant les encourage avec respect.
Le plogging est un concept suédois qui associe le jogging et le ramassage des déchets.
À Nice tout a commencé en 2018. Mathieu Perino, un ancien éco-anxieux comme il se qualifiait, a rapidement rejoint le collectif qui compte aujourd’hui un bon millier de sympathisants de Cannes à Nice. 200 personnes sont des habitués de cette routine que Mathieu considère comme une hygiène de vie. « C’est un jeu à somme positive, il n’y a que des gagnants. Une activité inclusive : chacun participe à son niveau, il y a des personnes handicapées qui viennent et pour eux ramasser un mégot c’est déjà une victoire et c’est super ! »
Message aux entreprises et aux politiques
Mathieu communique son enthousiasme et valorise les bénévoles en leur rappelant que le geste est simple mais l’impact est réel : « Un mégot pollue 500 litres d’eau. Si tu jettes un mégot à Paris, Lyon ou Nice, il arrivera tôt ou tard à la mer. Alors ce matin en ramassant 10 000 mégots, le calcul est vite fait, on a dépollué 5 millions de litres d’eau. »
Ils sont partis à la recyclerie des Moulins. Stockés dans des fûts, Recyclop Marseille les récupère pour les transformer en électricité décarbonée. « Ils réussissent à retirer les polluants sans les rejeter dans la nature », précise Mathieu. « Si nous, les citoyens, envoyons un message aux entreprises et aux politiques, cela va les faire réagir. » Mathieu Perino en est convaincu. Plusieurs signaux montrent que les lignes bougent. L’EDHEC a conclu un partenariat avec le collectif. « Leurs professeurs sont payés une journée par an pour faire du plogging. » La ville de Nice suit l’actualité du Plogging puisqu’elle est capable de leur annoncer le tonnage des déchets ramassés par les bénévoles : une tonne par semaine. Elle leur fournit le matériel et les invite aux grands événements. Ils sont notamment conviés à défiler pour le carnaval. Notons que depuis 2024, les plages de Nice sont toutes sans tabac. Le collectif avait quelques mois plus tôt adressé un courrier à la municipalité en ce sens.




