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7 novembre 2019

Burn-out, Bore-out, (...)
Burn-out, Bore-out, Brown-out, Blur-out : un cauchemar bien réel
Par Sophie ZORGNO, Directrice, Association Soform’act à (...)
Les Petites Affiches

De nouvelles dénominations de maladies du travail, ont fait leur apparition. Au-delà de l’effet "médias", elles renvoient à des phénomènes réels en grande augmentation.

Burn-out, késako ?

Il est décrit comme un syndrome d’épuisement professionnel. Il se caractérise par une dégradation du rapport au travail. Il ne s’agit pas d’une dépression au sens clinique, qui couvre tous les aspects de la vie de la personne atteinte. En effet, dans un rapport de l’INRS sur le sujet on retrouve trois caractéristiques du burn-out : l’Épuisement émotionnel, psychique et physique ; le Cynisme vis-à-vis de l’activité professionnelle et des différents interlocuteurs de la personne concernée dans le cadre de son travail ; la diminution de l’accomplissement personnel au travail. Même s’il existe des controverses autour de la définition des caractéristiques de ce syndrome et de ses symptômes, il semble qu’actuellement tout le monde connaisse quelqu’un qui est ou a été victime d’un burn-out. Le terme est sans doute employé de manière abusive de temps à autre, mais il devient trop fréquent pour être ignoré.
Plus simplement, le burn-out, tel que ceux qui en sont atteints le dépeignent, se traduit par une incapacité partielle ou totale à accomplir son travail comme on le faisait par le passé. Certains parlent d’un ralentissement voire d’une diminution de leur efficacité. D’autres, dans des cas extrêmes, rapportent que "leur corps a cessé de leur répondre à partir d’un certain seuil d’épuisement".

Le burn-out commence à être reconnu par la Sécurité Sociale. La loi Rebsamen (17 août 2015) introduit la reconnaissance des maladies psychiques dans son article 27 :
L’article L.461-1 du Code de la sécurité sociale est complété par cet alinéa : "Les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle, dans les conditions prévues aux quatrième et avant-dernier alinéas du présent article. Les modalités spécifiques de traitement de ces dossiers sont fixées par voie réglementaire".

Un décret du 7 juin 2016 permet de renforcer l’expertise médicale pour la reconnaissance de ces maladies.
Les causes suivantes expliquent le syndrome d’épuisement professionnel :
- Exigences au travail : intensité, complexité, surcharge de travail ;
- Exigences émotionnelles : il s’agit ici des relations avec le public qui peuvent s’avérer éprouvantes pour le salarié ;
- Manque d’autonomie et de marge de manœuvre dans l’exécution de ses missions ;
- Mauvais rapports sociaux et mauvaises relations de travail ;
- Conflits de valeur (effectuer une tâche que l’on désapprouve moralement) et qualité empêchée (être contraint, par des objectifs de productivité par exemple, de produire un travail de qualité que l’on estime insuffisante, notamment au regard de sa mission initiale) ;
- Insécurité d’emploi (peur de perdre son travail) et de travail (appréhender des changements négatifs de sa situation de travail).

Il existe aussi des facteurs individuels plus difficiles à cerner : instabilité émotionnelle, degré de conscience professionnelle, implication personnelle au travail. Ils sont cependant liées à l’importance du travail dans la vie de la personne Le burn-out semble également proche d’un développement critique du stress chronique : une tension trop grande entre la réalité d’un travail et ce qu’il devrait être. Parent éloigné du "bûcher", le burn-out, cette "consumation" par excès d’investissement, est devenu un terme courant. Le mail professionnel reçu tard le soir et auquel on se sent "obligé de répondre " finira par transformer le collaborateur trop zélé en "cendres fumantes".

Des dérivés

Le terme burn-out a lui-même donné naissance à de nombreux "dérivés" construits sur le principe de dégradation du rapport au travail pour différentes causes liées au syndrome d’épuisement professionnel.
1/Le bore-out ou syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui qui se définit comme un épuisement moral et un désengagement professionnel d’un collaborateur "sous- alimenté" professionnellement par une "sous-charge de travail". L’idée d’être malheureux quand on n’a pas assez de travail ou un travail trop facile peut faire rire. Mais elle envoie à une réalité. C’est l’anthropologue David Graeber qui a développé cette idée : le capitalisme, au lieu d’aboutir à une baisse progressive du temps de travail,
permise par la mécanisation et le progrès technique, donne au contraire naissance à une multitude grandissante de bullshit jobs (métiers idiots) pour occuper les masses.
2/Le brown-out qui évoque des métiers sans valeur ajoutée et sans utilité apparente pour le salarié, soumis à des process absurdes. Il renvoie à l’idée qu’une personne compétente est employée uniquement à des tâches répétitives et dénuées de sens, en négation même de ses compétences. Une personne à qui l’on demande de ne surtout pas réfléchir par la suite et d’effectuer des tâches... stupides.
3/Le blur-out est un phénomène plus larvé, mais très répandu : la confusion grandissante entre vie professionnelle et vie privée, entretenue par les nouvelles technologies qui
permettent tout aussi bien de suivre une commande depuis le bureau que de consulter un mail professionnel très tard chez soi.

Si la technologie est en principe en mesure de supprimer les tâches les plus pénibles, il semble que les conditions de travail sont contraignantes et peuvent se dégrader fortement.

Alors interrogeons nous sur les notions de qualité de vie au travail et de bien être devant l’émergence régulière de pathologies qui ne seraient pas suffisamment prises en comptes, voire admises. Plus largement, est ce que ce ne serait pas toute une conception de l’organisation du travail qu’il conviendrait de remettre en cause ?

Par Sophie ZORGNO, Directrice, Association Soform’act à Nice.

Visuel de Une (illustration DR)

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