Edito hebdomadaire - Agir vite mais bien
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 12 juin 2026
Que 60 000 personnes se soient rassemblées partout en France devant les palais de justice est un événement majeur de notre vie judiciaire, politique et démocratique. Cela traduit la colère après d’évidents « loupés » dans l’affaire Lyhanna. Attendons les résultats de l’enquête en cours avant de désigner des responsables et de répondre aux demandes pressantes des citoyens envers l’État régalien dans ce qu’il a de protecteur pour les modestes, les humbles et les victimes. Le ciment de l’institution judiciaire qui nous agglomère s’est fissuré au fil des années. Une crise de confiance s’est installée, insidieuse et enracinée, jusqu’à ce fiasco qui a fait éclater au grand jour les faiblesses systémiques de notre justice.
Les investigations ouvertes à la demande de la Chancellerie diront s’il faut nettoyer les écuries d’Augias, s’il convient de révoquer tel ou tel individu qui se serait endormi sur sa pile de dossiers, tous plus urgents à traiter les uns que les autres. Ou si, plus probablement, le manque criant de moyens humains et matériels et une organisation bureaucratique et obsolète ont abouti à la catastrophe Lyhanna. Elle meurtrit le pays tout entier car elle était sans doute évitable, si les signalements et d’anciennes plaintes pour viol contre l’auteur présumé avaient abouti à une enquête au lieu de tomber dans les oubliettes. Nous sommes personnellement touchés parce que nous avons tous dans notre entourage une petite fille, une petite cousine, une petite voisine à protéger des prédateurs sexuels.
Avec cette « affaire » – un terme qui désigne mal l’horreur traversée par la famille de Lyhanna –, le gouvernement est sous pression. Il est rendu assez injustement responsable d’une situation qui perdure depuis des dizaines d’années. Comment ne pas voir dans ce naufrage la conséquence du nombre très insuffisant de magistrats, de greffiers, de personnels, d’enquêteurs, tandis que le nombre « d’affaires » et leur complexité s’accroissent, comme les demandes de justice des citoyens ?
L’opprobre tombe aujourd’hui sur Gérald Darmanin. Elle aurait très bien pu, à quelques mois près, cibler EDM ou Nicole Belloubet, et avant eux les autres ministres qui passèrent par la place Vendôme depuis le début de la Ve République. La plupart de ceux qui attaquent l’actuel garde des Sceaux n’appartiennent-ils pas à des partis politiques qui furent un jour au pouvoir : que n’ont-ils agi avec la même détermination que leurs critiques aujourd’hui…
Il ne sert à rien de « refaire le match » mais, pour Lyhanna et les autres, nous avons l’absolue obligation morale de prendre des décisions justes et efficaces, loin des pressions et des effets de manche politiques. Le calendrier parlementaire y est favorable. La proposition de loi dite « intégrale », destinée à « mieux lutter contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants », peut être inscrite à l’ordre du jour d’une session extraordinaire au palais Bourbon en juillet ou en septembre. De son côté, le Premier ministre souhaite accélérer l’examen de ce texte par le Conseil d’État. Les parlementaires ont donc l’opportunité de se pencher sur ces 79 articles concernant la justice, la police, l’éducation, le numérique, l’enfance, etc.
L’occasion, pour nos députés et sénateurs, de laisser les postures au vestiaire, d’être vraiment « transpartisans » et de répondre, sans surenchère ni démagogie, aux attentes de leurs concitoyens. Ne manquons pas ce rendez-vous !