Attal : qu’il est dur d’exister...
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 11 septembre 2026
Nous avons quelque peu asticoté la semaine dernière ce bon ‘vieux’ Jean-Luc Mélenchon à l’aube de sa quatrième campagne présidentielle avec sa proposition aux relents populistes d’annuler une partie de la dette. Il a dit en termes fleuris - « foutre au feu » - ce que d’aucuns avaient envie d’entendre, sans tenir compte de la réalité, qui ne s’accorde guère avec les fantasmes. Pour un juste équilibre politique chez les prétendants à l’Élysée, intéressons-nous maintenant au cas Gabriel Attal. Il se démène pour faire décoller sa campagne et séduire le fameux « bloc central » aux contours qui évoluent chaque jour selon les déclarations des uns et des autres.
Plus jeune Premier ministre « donné à la France » aurait dit Mitterrand, Gabriel Attal est aussi un spécialiste des postes éphémères : il n’est resté que sept mois et 27 jours à Matignon, n’a occupé le poste de ministre de l’Éducation nationale que cinq mois et 22 jours, et a battu son record de longévité comme ministre délégué aux Comptes publics pendant un an et deux mois. Suffisant pour alimenter l’ambition dévorante de ce jeune homme (37 ans) brillant, au verbe prolixe, qui tel un Chirac de la grande époque laboure depuis des mois le pays pour rencontrer et convaincre les électeurs ? Si l’on ne saurait mettre en doute sa volonté de gravir la dernière marche du pouvoir, il part dans la compétition suprême lesté d’un copié-collé de l’image macroniste qui n’a guère plus cours en cette fin de règne. Il est aussi entouré de très bons ‘amis’ prêts à lui retirer le tapis sous les pieds et à semer son parcours de peaux de banane.
Par exemple Édouard Philippe, qui partage les mêmes « Horizons » élyséens, et qui s’emploie à rassembler « la droite et le centre » pour créer une « confédération de partis » devant aboutir à une candidature unique, la sienne, CQFD. Attal ne l’entend pas de cette oreille et accuse le maire du Havre de vouloir recréer les vieilles lunes de l’UMP. « L’enjeu de cette élection, c’est de ne pas recréer les partis d’il y a 20 ans, avec ceux d’il y a 20 ans, et les idées d’il y a 20 ans. Le monde a changé » explique-t-il. La pique a touché le principal adversaire dans son camp : « À la fin, nous devrons nous rassembler. Je propose que chacun d’entre nous dirige ses traits sur nos adversaires - Madame Le Pen, Monsieur Mélenchon - et que par notre travail de fond, nous constations les convergences » plus utiles que des « petites attaques ». Ambiance.
Gérald Darmanin s’est rallié sous la bannière de Philippe. Attal devra aussi compter sur Bruno Retailleau (LR), Xavier Bertrand (représentant de lui-même), peut-être Dominique de Villepin, et quelques autres qui, aiguisant leurs poignards, attendent un signe du destin pour tenter leur chance. Cela fait beaucoup de monde pour rappeler que le bilan législatif de Gabriel est plus mince que ses annonces faites à longueur d’année(s) et de médias. Aujourd’hui, à sept mois de l’élection, son principal adversaire demeure évidemment Édouard Philippe, pas disposé à se laisser ringardiser par un petit « jeunot » aux dents qui rayent les planchers de la République.
Mais il y a aussi une porosité probable avec les modérés de gauche, comme Raphaël Glucksmann et sa Place publique, ou Olivier Faure et ce qui reste de ses troupes socialistes. Avec l’indéfini « bloc central », où se déplacera le barycentre de ces électeurs ‘flottants’ ? Il est impossible de dire quelles sirènes les attireront dans leurs filets, mais de cette « pêche » pourrait bien dépendre l’élection. En attendant, Gabriel Attal rame tout seul, guettant des soutiens qui tardent à venir.