Carnoux-en-Provence fête ses 60 ans : l’histoire étonnante de « la plus jeune commune de France »
- Par Valérie Noriega --
- le 18 août 2026
Le samedi 29 août 2026, Carnoux-en-Provence célébrera ses 60 ans. Derrière les festivités se cache une histoire singulière : celle d’une ville construite en quelques années par des familles venues d’Afrique du Nord, avant de devenir une commune à part entière en 1966.
Soixante ans après sa naissance officielle, Carnoux-en-Provence s’apprête à célébrer son anniversaire. Le samedi 29 août, habitants, anciens Carnussiens et visiteurs sont invités à participer à une journée festive organisée dans le centre-ville, avec des animations destinées à toutes les générations. Le Département des Bouches-du-Rhône présente à cette occasion Carnoux comme « la plus jeune commune de France ».
Mais avant de devenir une commune, Carnoux a connu une histoire rapide et étonnante.
Avant Carnoux, la garrigue
Difficile aujourd’hui d’imaginer que le cœur de Carnoux n’était encore, à la fin des années 1950, qu’un secteur composé principalement de garrigue et de quelques propriétés. Selon l’histoire publiée par la mairie, le projet commence en 1957, à Casablanca, au Maroc. Le 24 mars de cette année-là, deux entrepreneurs, Émile Prophète et Georges Cabanieu, fondent la Coopérative immobilière française (CIF). Leur objectif est notamment de créer un ensemble résidentiel permettant à des Français du Maroc de se réinstaller en métropole après la fin du protectorat français au Maroc, en 1956. Le projet porte sur un territoire de plusieurs centaines d’hectares situé entre Aubagne et Cassis. À cette époque, le secteur ne ressemble pas encore à la ville que l’on connaît aujourd’hui.
La CIF va alors entreprendre un chantier considérable.
Une ville construite presque à partir de rien
À partir de 1958, les travaux commencent véritablement. Routes, logements, commerces, réseaux d’eau, assainissement, gaz et électricité : il faut créer les infrastructures nécessaires à une nouvelle cité. La mairie décrit alors un « chantier permanent ». Une école est même installée dans un garage tandis que les messes sont célébrées dans l’ancien pressoir de la Crémaillère. La naissance de Carnoux est donc très différente de celle des villages provençaux voisins. La commune ne s’est pas développée lentement autour d’un vieux centre médiéval : elle a été pensée et aménagée comme une ville nouvelle.
Un document municipal consacré à l’histoire et au patrimoine de Carnoux rappelle d’ailleurs qu’à l’origine, le territoire était constitué notamment de garrigue, de vignes, de la bastide de la Crémaillère et de la ferme du Mussuguet.
1962, le tournant
Les débuts de la cité restent toutefois difficiles. En 1962, seuls quelques centaines d’habitants vivent à Carnoux à l’année. Cette même année marque un bouleversement majeur avec l’indépendance de l’Algérie et l’arrivée en métropole de près d’un million de rapatriés d’Algérie. Une partie d’entre eux va rejoindre Carnoux. La population permanente augmente rapidement : la mairie indique qu’elle atteint environ 1 200 habitants dès 1963. La ville prend alors une nouvelle dimension. Carnoux devient progressivement un lieu de reconstruction pour des familles ayant quitté l’Afrique du Nord. La Chambre régionale des comptes confirme également que la commune a été créée en 1966 à la suite de l’installation de Français rapatriés du Maroc et d’Algérie sur le territoire de Roquefort-la-Bédoule.
26 août 1966 : Carnoux devient officiellement une commune
Avec l’augmentation du nombre d’habitants apparaît une autre question : celle de l’autonomie administrative. Des Carnussiens originaires du Maroc et d’Algérie demandent au préfet l’organisation d’une enquête publique afin que Carnoux puisse devenir une commune de plein exercice. La démarche connaît plusieurs difficultés. Un groupe de cinq personnes, surnommé le « comité des cinq », mène finalement une campagne faite de réunions publiques et d’actions de presse pour défendre cette autonomie. Leur combat aboutit finalement.
La date est désormais inscrite dans l’histoire locale : le 26 août 1966, un décret signé par le Premier ministre Georges Pompidou fait de Carnoux-en-Provence une commune de plein exercice. Quelques mois plus tard, en janvier 1967, le premier conseil municipal est élu. M. Maret devient le premier maire de la commune. L’hôtel de ville sera, lui, inauguré en 1970. Carnoux a donc été officiellement créée il y a exactement 60 ans.
Et son histoire ne s’arrête évidemment pas là.
Une mémoire de l’Afrique du Nord toujours présente
L’histoire des rapatriés reste aujourd’hui visible dans plusieurs lieux de Carnoux.
L’église Notre-Dame d’Afrique, inaugurée en mars 1966, constitue notamment l’un des marqueurs de cette mémoire. La ville compte également la place Maréchal-Lyautey, le stade Marcel-Cerdan et un mémorial aux Morts d’Outre-Mer inauguré en 1974. La mairie souligne cependant que Carnoux n’a jamais souhaité rester une ville uniquement tournée vers cette histoire. Au fil des décennies, de nouveaux habitants sont venus s’y installer, notamment en provenance des agglomérations voisines. La commune s’est ainsi progressivement intégrée à son territoire provençal tout en conservant la mémoire de ses origines.
60 ans plus tard, une grande journée de fête
C’est cette histoire que Carnoux souhaite célébrer le samedi 29 août 2026.
La mairie annonce une journée festive et intergénérationnelle, avec des animations dans le centre-ville. Une capsule temporelle doit également être présentée puis scellée à cette occasion, avec des messages destinés aux Carnussiens de… 2066, pour le centenaire de la commune. Le programme officiel annoncé par le Département prévoit des animations de 10 heures à 23 heures, avec notamment des rendez-vous familiaux, des rencontres et une grande soirée conviviale.
L’anniversaire sera donc autant tourné vers le passé que vers l’avenir.
Il aura fallu moins de dix ans entre les premiers projets immobiliers de 1957 et la création officielle de la commune en 1966. C’est sans doute ce qui fait aujourd’hui la particularité de Carnoux-en-Provence : derrière une ville qui semble parfaitement intégrée au paysage des Bouches-du-Rhône se cache une histoire extrêmement récente. Une histoire faite de migrations, de reconstruction et de volonté collective.
Le 29 août 2026, pour ses 60 ans, les habitants rendront hommage aux pionniers qui ont construit la ville, aux familles venues d’Afrique du Nord et aux générations qui ont fait évoluer la commune depuis sa création.