Edito - De l’usage de la démocratie
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 20 mars 2026
Le « souffle démocratique » permet aux électeurs de choisir leurs représentants à échéance régulière, en l’occurrence tous les six ans pour les municipales. Avec de bonnes intentions, la loi du 21 mai dernier a changé les règles en imposant la parité entre les hommes et les femmes dans tous les conseils, y compris dans les plus petits villages où ce n’est pas chose aisée d’appliquer des « quotas ». Le premier tour montre d’ailleurs que beaucoup de communes (68 %) n’avaient plus qu’une seule liste sur la ligne de départ. Cela prouve par l’absurde que ce nouveau système se voulant plus vertueux aboutit finalement à priver l’électeur d’un choix d’autant moins large que le panachage a disparu. Si bien que 93 % des communes connaissaient déjà le nom de leurs futurs maires dimanche dernier. Pas idéal pour mobiliser l’électorat, ni pour revivifier la démocratie locale… À noter que seulement 25 % des têtes de liste sont des femmes.
Les municipales accordent souvent une « prime » aux sortants. Antibes, Cannes et Grasse en sont des exemples frappants avec des maires (6e mandat pour Jean Leonetti !) qui ne connaissent pas l’usure du temps. Mais le grand enseignement de ce premier tour réside, dans le sud de la France, dans la poussée très forte de l’extrême droite. Elle est en mesure de s’imposer dans de grandes villes comme Nice, Toulon et Marseille. Elle a déjà culbuté Louis Nègre (LR) à Cagnes-sur-Mer et peut aussi gagner d’autres communes moyennes comme Menton. Au niveau national, LFI, qui ne présentait pas de candidats en 2020, va aussi placer ses pions. Entre les deux extrêmes, le bloc central – jadis intitulé « de gouvernement » – se voit assiégé avant la prochaine présidentielle, mère de toutes les élections...
En matière de démocratie et d’information, il y a des boussoles à ne pas perdre de vue. Reporters sans frontières vient de le rappeler suite à l’attitude de Jean-Luc Mélenchon, lequel a tenu une conférence de presse « réservée aux médias numériques alternatifs ». Libre au leader des Insoumis de considérer que les journaux « mainstream » le maltraitent, même si sa propre attitude n’est pas dénuée de la dose de provocation qui fait son succès… médiatique. Mais sélectionner ses interlocuteurs, comme le fait un Trump ou un Poutine, non. À ce compte, pourquoi aussi ne pas donner la liste des questions et fournir par écrit les réponses toutes cuites ? Ce n’est pas la conception du journalisme libre et pluraliste qui prévaut encore en France (quand bien même la profession n’est pas exempte de travers). Les Insoumis assument ce traitement différencié entre les « bons » et les « méchants » : « On organise des espaces qui nous permettent de parler à ces nouveaux médias qui incarnent le peuple », explique ainsi le député Louis Boyard. CQFD. Par sa voix, LFI annonce, dès à présent, que les conférences de presse réservées à des médias numériques alternatifs seront « un nouveau format qu’on installera tout au long de la présidentielle ». Mélenchon, Boyard et quelques autres (comme Jean-Michel Aulas à Lyon) ne voient pas où est le problème, et c’est bien là le problème. Pour nous, c’est clair : la sélection des journaux n’appartient qu’aux lecteurs. Ce pluralisme, qui défrise à l’occasion, garantit a minima de ne pas s’enfermer dans une chapelle complotiste.