Edito - Retailleau à l’assaut du château
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 18 septembre 2026
Après Jean-Luc Mélenchon et Gabriel Attal les semaines précédentes, poursuivons notre tour des têtes de gondole de la prochaine élection présidentielle avec Bruno Retailleau. Le patron des Républicains s’est lancé tôt dans la bataille. Ne craignant pas l’essoufflement, il a même été le premier, sinon à afficher ses ambitions, du moins à annoncer sa candidature. À l’entendre, pour redresser la France de l’ornière dans laquelle le macronisme l’aurait jetée.
Tel Henri IV demandant de se rallier à son panache blanc, il s’est montré fin manœuvrier en réussissant au printemps dernier à se faire désigner candidat de son parti au nez et à la barbe du ‘perfide’ Laurent Wauquiez qui n’en est pas encore revenu de s’être fait terrasser par le Vendéen. Entre les deux, ce n’est pas l’amour fou. Le candidat désigné sait qu’il a tout à craindre de cet allié dont il a renvoyé, au mieux et très hypothétiquement, le destin élyséen à 2032.
Avec Retailleau au ministère de l’Intérieur sous les éphémères gouvernements Barnier, Bayrou puis Lecornu 1, on devait voir ce qu’on allait voir en matière de sécurité, de lutte contre la délinquance, le trafic de drogue, les rodéos urbains, les arracheurs de montres et de colliers. Et surtout avec le raccompagnement systématique des condamnés OQTF dans leurs pays d’origine. Finalement, on n’a pas vu grand-chose. Car celui qui fut aussi le patron des sénateurs LR est resté moins d’un an place Beauvau, pas vraiment le temps d’imposer une méthode ni des résultats concrets dont il pourrait tirer maintenant un profit électoral direct.
Pas de bilan exemplaire à présenter donc.
Pendant ses passages au gouvernement, le « cardinal » (surnom chuchoté dans son dos, censé évoquer sa personnalité aimant le secret et sa culture catholique revendiquée) s’est donc appliqué à se créer une stature d’homme d’État, droit dans ses bottes, qui sait où il va. Il lui faut exister sur un échiquier politique très encombré où certains le voient davantage dans le rôle du « fou » que du roi. Les Républicains, encore tiraillés entre la loyauté à leur chef mais aussi aimantés par le duo Le Pen-Bardella, lui-même soutenu par l’UDR d’Éric Ciotti, risquent gros dans cette élection.
Avec le « bloc central » toujours indéfini mais surreprésenté (Attal, Philippe, Bertrand, de Villepin...), il ne reste guère qu’un petit strapontin que Retailleau veut transformer en fauteuil à l’Élysée : vaste programme !
En tout cas, il croit en ses chances et balaie les sondages qui le placent encore assez bas dans les intentions de vote. Comme les autres candidats, il se rappelle sûrement que pour les présidentielles précédentes les enquêtes d’opinion ne désignaient pas à six mois le vainqueur final. En politique, monde irrationnel traversé de passions, on vit d’espoir et l’on espère qu’ils ne seront pas déçus. D’ici mai 2027, Bruno Retailleau va continuer à lisser son image – d’aucuns lui reprochent un petit côté pisse-vinaigre – et à faire progresser ses idées guidées par des principes fortement ancrés.
Lentement, méthodiquement, comme il sait si bien faire à la manière d’un ecclésiastique du haut clergé. Il n’est pas du genre à se dégonfler, ni à pardonner les traîtrises.