
Edito - Une rentrée en jaune et noir ?
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 29 août 2025
Après la trêve estivale, le réveil pourrait être brutal pour les Français à la rentrée avec cet appel au blocage du pays qui a circulé tout l’été sur les réseaux sociaux et dont on ne mesure pas encore vraiment l’impact réel dans la population. Parti, selon les observateurs, de la droite extrême, il s’est ensuite répandu sur l’arc-en-ciel politique de la toile jusqu’à être repris par la France insoumise. À défaut d’avoir pu imposer un Premier ministre de gauche après la dissolution ratée, Jean-Luc Mélenchon promet maintenant de rajouter de la crise à la crise en faisant capoter le gouvernement avec une nouvelle motion de censure et en voulant bloquer toute l’activité pour le faire tomber comme un fruit trop mûr.
Si l’on en croit les gazettes parisiennes qui fréquentent Matignon et l’Élysée, l’affaire est prise au sérieux en « haut lieu ». Dans les départements, les préfets sont priés de sentir le vent ; à Paris, les grands commis de l’État surveillent le pouls d’une opinion réputée être « en colère » pour des raisons qui ne manquent pas : la dette et ses conséquences, les jours fériés supprimés, la loi Duplomb, le pouvoir d’achat, l’emploi, l’insécurité... Pas mieux à l’international avec la guerre en Ukraine qui n’en finit pas, la situation en Palestine avec ses échos dans nos quartiers et pas seulement ceux qui ceinturent les grandes villes. En un mot, on craint une possible convergence des divers mécontentements façon gilets jaunes avec l’intervention de groupes violents de type black blocs comme ceux-ci en ont pris l’habitude. Un mariage du jaune et du noir qui pourrait mener on ne sait où...
Il y a donc de l’inquiétude, certes, mais pas de panique. Car nul ne sait aujourd’hui comment réagiront les Français à partir du 10 septembre, invités à ne pas aller travailler (ils connaissent déjà la recette) et aussi à ne pas consommer, même sur internet, ce qui leur demandera évidemment un gros effort pour laisser leur carte bancaire au vestiaire. Sont-ils vraiment prêts à des sacrifices sur un mot d’ordre mal défini, s’apparentant à une forme de désobéissance civile, pour des « gains » politiques très incertains ? Le proche avenir dira si nous nous dirigeons vers de l’« abracadabrantesque » ou si cet appel fera « pschitt ».
Macron a répété qu’une nouvelle dissolution n’entre pas dans ses projets, soit. Le mieux serait effectivement que les échéances électorales « naturelles » fussent respectées pour les présidentielles et les législatives. Ce serait le signe d’une démocratie fonctionnant normalement, les urnes devant remettre les pendules à l’heure pour un nouveau bail de cinq ans avec, espérons-le, cette fois une majorité claire pour gouverner le pays et une légitimité retrouvée.
En attendant, il faudra convaincre les Français de l’efficacité des sacrifices qu’ils devront consentir avec 44 milliards d’économies à réaliser. Pour François Bayrou, qui pourrait ne plus être en poste le 10 septembre, la période anesthésiante des vacances est quoi qu’il arrive terminée. Si les jaunes et les noirs lui en feront peut-être voir de toutes les couleurs, il doit aussi faire avec la colère de nombreuses professions (pharmaciens, taxis, cheminots, hospitaliers…). La canicule sociale est loin d’être finie !