Édouard Philippe, l'homme

Édouard Philippe, l’homme qui se hâte lentement

Avec son flegme britannique, on n’imagine pas Édouard Philippe nourrir des pensées meurtrières. Pourtant, celui qui pratiqua l’escrime passerait volontiers au fil de l’épée (au sens figuré !) celui qui est son meilleur ennemi pour la présidentielle, Gabriel Attal. Les deux mousquetaires chassent sur les mêmes terres du centre qui sont aussi labourées par d’autres candidats, de Bruno Retailleau et David Lisnard sur leur droite et jusqu’à Xavier Bertrand de l’autre côté.
Tout cela fait beaucoup de crocodiles dans un marigot surpeuplé. Parmi eux, aucun n’a encore vraiment réussi à devenir le mâle alpha derrière qui tous se rangeront au moment de l’explication finale. C’est le problème numéro 1 du maire du Havre qui rêve de l’Élysée. Pour l’heure, il fait la course en tête dans son camp mais avec une avance qui n’est pas encore décisive.
Craignant d’être distancé, Attal multiplie les attaques à fleurets peu mouchetés envers Édouard Philippe, qui les goûte fort peu, et le fait savoir par des flèches tout aussi venimeuses. Une concurrence qui pourrait se transformer en solide inimitié entre les deux anciens Premiers ministres, façon Chirac-Balladur en 1995. Philippe rêve que son jeune concurrent se rallie à son plumet blanc, un peu dégarni au demeurant (avec lui, les Français ont découvert les effets de l’alopécie, une maladie qui lui a fait tomber cheveux et poils après un blanchissement intense et précoce. C’est pourquoi le seul chef de gouvernement barbu de la Ve République ne l’est plus).
Mais ni la coiffure ni le bouc ne font un gagnant, le glabre Attal le sait bien. Les deux ont une difficulté commune : ils furent en poste à Matignon et partent donc avec un bilan. S’ils veulent faire rêver sur des promesses, les électeurs sauront regarder dans le rétroviseur. Philippe qui est resté aux manettes pendant un peu plus de trois ans en est ressorti avec l’image d’un homme d’État, un peu froid et techno sans doute, mais pragmatique. Il a eu à gérer les Gilets jaunes, les premiers mois du Covid et le premier confinement du « quoi qu’il en coûte », ce que ses adversaires sauront lui rappeler lorsqu’il parlera finances et dette.
Cet homme d’une ville portuaire s’est ancré dans la droite modérée dite « de gouvernement » en étant successivement chiraquien avec le RPR puis juppéiste avec l’UMP. Auparavant, preuve qu’il sait naviguer, il fut encarté au PS de 1990 à 1992. Il fit aussi un passage de deux ans chez Les Républicains (2015 – 2017) avant de créer son propre parti « Horizons ».
Haut fonctionnaire (IEP de Paris, ENA), Édouard Philippe en conserve l’attitude dans la vie de tous les jours. Il ne faut pas compter sur lui pour danser sur les tables, même si une campagne électorale à l’heure des réseaux sociaux peut conduire à quelques excentricités ‘médiatiques’. À cet égard, sa nature sportive lui offre quelques avantages : il ne manque pas de souffle depuis qu’il est entré en campagne, c’est-à-dire depuis qu’il a annoncé sa candidature à la présidentielle, il y a déjà deux ans.
Cette tortue qui avance doucement peut rêver d’une élection en mai prochain. Sinon, il aura à traverser le calme d’après la tempête en prenant rendez-vous pour 2032 car il n’aura alors que 61 ans. Presque le double qu’un certain… Attal