En Camargue, les associations vent debout contre un projet de ligne très haute tension
- Par Gilles Carvoyeur --
- le 12 juin 2026
15 organisations signataires d’une tribune appellent l’État à revoir sa position.
Alors que le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique d’une ligne électrique aérienne de 400 kV, qui traverserait la Camargue, la Crau et la Terre d’Argence, 15 organisations signataires d’une tribune alertent sur la multiplication des projets d’infrastructures menaçant ces territoires, dénoncent un déficit démocratique, et appellent solennellement l’État à revoir sa position.
ZONES HUMIDES
Le delta du Rhône constitue l’une des zones humides les plus vastes et diversifiées d’Europe. Située dans un couloir migratoire majeur, au cœur du « triangle d’or de la biodiversité » formé avec la Crau et les Alpilles, la Camargue concentre aujourd’hui le plus grand nombre d’outils de protection du territoire français : sites Ramsar, Réserve de Biosphère UNESCO, sites Natura 2000, Parc naturel Régional, réserves naturelles, Grand Site de France...
La réindustrialisation et la décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos-Berre vont générer des besoins supplémentaires en électricité qui devraient être principalement couverts par une nouvelle ligne aérienne très haute tension de 400 KV qui traverserait ces territoires sur 65 km. S’y ajoutent des projets de pipelines d’hydrogène à travers la Crau, un projet autoroutier menaçant les rares tourbières du nord de la Camargue, un projet de pont au cœur du delta et des parcs éoliens offshore susceptibles d’affecter de nombreux oiseaux migrateurs. Pris isolément, chacun de ces projets soulève des inquiétudes. Ensemble, leurs impacts cumulés pourraient fragmenter les habitats, fragiliser les dynamiques biologiques et hydrologiques, accroître les risques pour les populations locales et mettre à mal la culture et l’économie de ce territoire comme la vocation environnementale de la Camargue.
APPEL À L’ÉTAT
Les quinze organisations signataires ont donc lancé un appel solennel à l’État. Selon, les organisations, très préoccupées par les développements en cours et les menaces qu’ils représentent pour un joyau dont la valeur naturelle et culturelle, « la transition énergétique et la décarbonation de l’industrie ne doivent pas se faire au détriment la transition écologique, et doivent intégrer les notions de sobriété énergétique, foncière et hydrique ». C’est pourquoi, les signataires appellent l’État à « réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue au même titre qu’il a affirmé la vocation industrielle et logistique de la zone de Fos-Berre, à abandonner le projet de ligne THT aérienne qui traverserait la Camargue, la Crau et la terre d’Argence, et à développer, en concertation, une solution alternative qui ne soit pas aérienne ».