JO d'hiver 2030 : après

JO d’hiver 2030 : après l’échec niçois, la bataille des responsabilités

Après le retrait par le COJOP des épreuves sur glace de Nice au profit de Lyon, les tensions se sont aggravées entre le maire de Nice Éric Ciotti, le ministre des Transports Philippe Tabarot et le président de la région Sud Renaud Muselier. Au-delà du dossier olympique, c’est désormais l’avenir des grands projets ferroviaires du département qui nourrit la polémique.

La querelle autour des Jeux olympiques d’hiver de 2030 n’en finit plus de s’envenimer. Une semaine après l’abandon du projet niçois d’accueil des épreuves sur glace, les échanges entre Éric Ciotti, Philippe Tabarot et Renaud Muselier ont pris une tournure particulièrement virulente, chacun rejetant sur l’autre la responsabilité d’un échec devenu hautement politique.
Alors que Renaud Muselier tente de défendre le 1er juin le projet olympique qu’il porte depuis plusieurs années, Éric Ciotti revendique au contraire une «  victoire » pour les Niçois. Selon le maire de Nice, le dossier présenté aurait entraîné plus de 150 millions d’euros de dépenses pour les collectivités et nécessité la transformation temporaire de l’Allianz Riviera en patinoire olympique pendant près de neuf mois, privant l’OGC Nice de son stade durant une saison entière. « Les Niçois n’ont pas perdu les Jeux, ils ont gagné 150 millions d’euros  », affirme alors dans un communiqué de presse l’édile, qui promet de réorienter ces moyens vers la rénovation des équipements sportifs de proximité. Dans un texte offensif, il accuse également Renaud Muselier d’avoir « échoué sur le seul grand dossier qu’il a porté personnellement  » au cours de son mandat à la tête de la région.

« Gâché la fête de milliers d’enfants »

Quelques jours plus tard, le ton monte encore d’un cran. Le 5 juin, le ministre des Transports Philippe Tabarot impute directement à Éric Ciotti la perte des Jeux à Nice. « En quelques jours, [il a] gâché la fête de milliers d’enfants », déclare le ministre, regrettant que la Côte d’Azur soit privée de « ce magnifique événement ».
Philippe Tabarot insiste surtout sur les conséquences indirectes de cette décision. Il rappelle que la perspective des Jeux devait permettre d’accélérer plusieurs projets d’infrastructures, notamment la future gare de Nice-Aéroport, présentée comme une future « plus grande gare intermodale de France », regroupant TGV, TER, tramway et gare routière. «  J’espère qu’on pourra quand même mener le projet à bien. Tant que je suis au ministère, ce sera le cas. Mais je ne serai pas là tout le temps pour veiller aux intérêts » du territoire, prévient-il, laissant entendre que l’absence de l’échéance olympique pourrait ralentir ou affaiblir certains arbitrages futurs. Des propos qui provoquent immédiatement la colère du maire de Nice.

Éric Ciotti dénonce des méthodes « scandaleuses »

Le 8 juin, lors du conseil métropolitain, Éric Ciotti accuse le ministre de faire pression sur les Alpes-Maritimes. Dans un post sur X il dénonce : « Menacer les Alpes-Maritimes de perdre la Ligne nouvelle ou des investissements ferroviaires parce que notre territoire n’a pas obtenu les Jeux olympiques est une méthode scandaleuse ». Le président de la Métropole va plus loin encore, évoquant des procédés « quasiment mafieux  » et accusant Philippe Tabarot d’avoir «  joué en permanence contre notre territoire  ». «  Utiliser l’argent public comme moyen de pression politique est indigne de responsables publics », estime le maire de Nice, pour qui les infrastructures de transport relèvent de l’intérêt général et ne sauraient être conditionnées à l’organisation d’un événement sportif. «  Je le dis avec beaucoup de force et beaucoup de colère, heureusement que ces personnes sont au bout de leur mandat  » poursuit Éric Ciotti dans l’extrait vidéo du conseil métropolitain posté sur les réseaux.

La Région contre-attaque

Dans la foulée, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur contre-attaque vivement. Dans un communiqué diffusé le même jour, l’exécutif régional reproche à Éric Ciotti de « masquer ses responsabilités » et de porter « des accusations graves et diffamatoires  ». Le président de région Renaud Muselier estime que la perte des Jeux est « directement liée » au refus du maire de Nice d’adapter l’Allianz Riviera aux exigences du Comité international olympique. Selon la Région, l’abandon du projet prive le territoire de près d’un milliard d’euros de retombées économiques et fait perdre un puissant levier pour accélérer les grands chantiers ferroviaires. Si la gare de Nice-Aéroport et la Ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur ne sont pas remises en cause, leur calendrier pourrait désormais être ralenti et leur financement plus difficile à sécuriser. « « Oui, la Région reste un soutien solide de Nice et des Alpes Maritimes et c’est particulièrement vrai en matière de transport. Nous avons toujours soutenu LNPCA et la Gare de Nice Aéroport et nous regrettons que la décision prise par Éric Ciotti nous prive des moyens d’accélérer le chantier et d’en sécuriser le financement. Notre soutien est sans faille. », assure néanmoins Renaud Muselier, rappelant que la Région continue de financer la Ligne nouvelle, les Chemins de fer de Provence ou encore la modernisation des dessertes locales. Le président de la Région renvoie également Éric Ciotti à ses propres responsabilités politiques, soulignant que les élus de l’UDR et leurs alliés du Rassemblement national se sont régulièrement opposés au projet ferroviaire. «  Eric Ciotti nous prive de cette opportunité, qu’il en assume les conséquences », conclut-il.

Derrière la bataille des Jeux olympiques, c’est une rivalité politique plus large qui s’installe entre les trois hommes, à quelques mois de nouvelles échéances électorales.

Photo de une : le stade de la discorde ©SG