Edito hebdomadaire - (…)

Edito hebdomadaire - L’autocrate qui gratte…

Charles de Gaulle n’aimait pas l’ONU. Il la qualifiait de « machin inutile et même dangereux », même si la France en est depuis l’origine membre permanent du Conseil de sécurité. Trump non plus n’aime pas l’ONU, ni tous les organismes internationaux, au sein desquels il faut parler, convaincre en mettant souvent de l’eau dans son vin. Bref, tout ce que déteste le bulldozer américain.
Il veut donc créer ce qu’il nomme un « Conseil de paix » qui serait bien sûr à sa botte pour œuvrer à la résolution des conflits et, peut-être, obtenir ainsi le prix Nobel de la paix qu’il convoite tant et qui lui a été refusé en 2025.
Selon les documents qu’il a adressés à plusieurs pays, ce nouveau « machin » serait évidemment présidé par lui-même. Il a aussi prévu être le seul habilité à « inviter » d’autres États à y participer. Il se réserve également le droit de désigner son successeur. Il en nommerait le conseil exécutif. Toutes les décisions seraient bien sûr « soumises à l’approbation du président », ainsi que l’agenda. La charte prévue pour ce comité Théodule serait renouvelable – et modifiable – par le président et la durée du mandat de trois ans ne s’appliquerait pas à tous, sauf aux pays qui verseraient un milliard de ticket d’entrée. Dans ce tableau évoquant le Roi-Soleil, il ne manque plus que l’érection d’une statue équestre à la gloire de l’autocrate américain.


Les Européens ont donc décidé d’envoyer quelques « équipages de chiens de traîneaux » pour défendre une partie de leur territoire convoité par la Maison-Blanche. Mesure toute symbolique, puisque ce n’est évidemment pas une poignée de soldats qui pourrait barrer le chemin à un débarquement américain dans l’île si Trump décidait d’utiliser la méthode forte.
L’argument de « sécurité vitale » avancé par Washington pour justifier cette prise de contrôle du Groenland est fallacieux. Depuis la dernière guerre, les Américains y ont déjà installé des bases qu’ils peuvent faire monter en puissance à leur guise pour contrer d’éventuelles velléités chinoises ou russes. Ce que guigne Trump, c’est d’abord de faire main basse sur des terres rares : le sous-sol de l’île recèle 39 des 50 minerais dits essentiels pour l’économie américaine. Et aussi d’entrer dans l’Histoire en élargissant le territoire US à la façon d’Alexandre le Grand. On sait qu’il n’est pas suivi dans ce projet par son peuple, les trois quarts de la population étant opposés à la « capture » du Groenland par la bannière étoilée.
Plus grave, une prise par la force de l’île sous pavillon danois ferait voler en éclat l’OTAN puisque les US ne peuvent à la fois attaquer et… défendre le Groenland. L’Alliance, critiquée à Washington, a besoin des moyens militaires américains pour être crédible, ne serait-ce que pour le renseignement et parce que les armées du vieux continent sont équipées avec des chasseurs F16 et F35 et divers matériels importés d’outre-Atlantique. Qu’un G.I. pose le pied à Nuuk, et ce serait un cadeau inespéré pour Vladimir Poutine, qui doit se demander quelle logique pousse Trump à pilonner ainsi son propre camp.
À Davos comme à Bruxelles, les Européens n’ont d’autre choix que de montrer les dents face à ce président « chamboule-tout » qui pulvérise le monde hérité de 1945.