« La France n’a pas oublié le sens de leur sacrifice » affirme Alice Rufo
- Par Gilles Carvoyeur --
- le 26 août 2026
À l’occasion du 82ème anniversaire de la libération de la ville, la ministre Alice Rufo a rendu un vibrant hommage aux soldats américains tombés en Provence, en présence de François de Canson, vice-président de la Région Sud.
C’est une commémoration empreinte d’une profonde solennité qui s’est tenue le 16 août au cimetière américain de Draguignan. Devant les stèles blanches alignées sous le soleil varois, Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, a rappelé le sacrifice des soldats américains venus libérer la Provence il y a exactement quatre-vingt-deux ans. « Hier, au Dramont, nous regardions la mer d’où ils sont venus. Aujourd’hui, nous regardons la terre où ils sont restés », a-t-elle déclaré, soulignant la portée symbolique du lieu.
Un sanctuaire né de la bataille
Le cimetière de Draguignan, a rappelé la ministre, est contemporain des combats. Dès les jours suivant le débarquement du 15 août 1944, alors que la VIIe armée américaine poursuivait sa progression, les premières dépouilles y furent inhumées.
« Draguignan était à peine libérée qu’elle recueillait déjà ceux qui étaient tombés pour elle », a précisé Alice Rufo.
Le site abrite aujourd’hui 861 tombes, au pied du Malmont. Sur le mur du mémorial sont gravés les 294 noms de ceux dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Certaines stèles, anonymes, portent l’inscription émouvante : « Here rests in honored glory a comrade in arms known but to God » (Ici repose dans une gloire honorée un compagnon d’armes connu de Dieu seul). Un hommage qui rappelle que si les noms se sont parfois effacés, le souvenir du courage demeure intact.
Le Débarquement de Provence, une libération franco-américaine
La ministre a resitué le contexte de l’opération Dragoon, l’un des plus grands déploiements de la Seconde Guerre mondiale. Onze divisions alliées, soit 350 000 hommes, dont 230 000 issus des troupes françaises, ont participé à ce second débarquement qui paracheva le succès de celui de Normandie.
Elle a évoqué ces jeunes fantassins des 3e, 36e et 45e divisions d’infanterie, ces marins, aviateurs et parachutistes largués au-dessus du Muy dans la nuit du 14 au 15 août, qui entrèrent dans Draguignan aux côtés des résistants varois le 16 août 1944. « Ils venaient de l’Ohio et de la Virginie, du Texas et du Colorado. […] Ils sont morts à des milliers de kilomètres de chez eux, pour des villages dont ils ne savaient pas prononcer le nom », a rappelé Alice Rufo.
Citant le président de la République lors du 80ème anniversaire, elle a souligné un geste fort de l’allié américain : si la 1ère Armée française put foncer vers Toulon et Marseille, c’est que « nos alliés américains voulurent leur laisser l’honneur de reconquérir leur patrie ».
Ce sacrifice s’inscrit dans une histoire bien plus longue, celle de l’amitié franco-américaine, dont les États-Unis célèbrent cette année le 250e anniversaire de leur Déclaration d’indépendance. La ministre a rappelé que la première alliance conclue par la jeune nation américaine fut avec la France, en 1778.
Elle a tracé un parallèle saisissant entre les deux époques. « À Yorktown, en 1781, des Français sont tombés pour que l’Amérique naisse libre. En Provence, en 1944, des Américains sont tombés pour que la France le redevienne. »
Cette confiance mutuelle s’exprime aussi dans la présence même de ce cimetière. Après la guerre, les familles américaines eurent le choix de rapatrier leurs morts ou de les confier à la terre qu’ils avaient libérée. « Les familles de ceux qui reposent ici ont choisi la France. Nous n’avons jamais oublié ce que vaut cette confiance », a affirmé la ministre, saluant l’entretien exemplaire du site par l’American Battle Monuments Commission.
Un héritage pour le présent
En conclusion, Alice Rufo a insisté sur la résonance contemporaine de cet engagement. Face au retour de la guerre en Europe et à la remise en cause du droit international, le sacrifice de 1944 pose à nouveau la question de la valeur de la liberté et du prix à payer pour la défendre. « Leur réponse est devant nous, gravée en 861 stèles blanches. La nôtre tient en un mot : la fidélité. Fidélité à l’alliance née en 1778, éprouvée en 1917, scellée à jamais en 1944. »
Réaffirmant la dette de la France envers ces libérateurs, elle a conclu son hommage en célébrant « l’amitié entre les peuples libres ».