Édito hebdo - La girouett

Édito hebdo - La girouette du temps

On ne parierait pas un Bitcoin, même très dévalué comme actuellement, sur la solidité et la sincérité de l’amitié nouvelle de Donald Trump pour Volodymyr Zelensky. Mais que les deux dirigeants aient pu se parler à Évian pour le G7 sans que le premier humilie le second est déjà en soi un événement. Moscou va d’autant plus suivre l’évolution de la « pensée » du président américain que son armée cale sur le terrain. Pour la première fois depuis quatre ans et demi, l’Ukraine est en mesure de frapper significativement et en profondeur le territoire russe. Mis bout à bout, ces micro-événements changent la donne. Un nouveau serrage de vis sur les exportations de pétrole et de gaz russes devrait priver notre « ami » Poutine de devises dont il a besoin pour financer son agression. Edgar Faure disait que « ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent ». Dans cette partie de l’Europe orientale, les deux ont subitement le tournis…


La terrible affaire Lyhanna nous fait nous souvenir que la girouette a fait un virage à 180 degrés en matière de mœurs et de perception des relations entre les adultes et les mineurs. En janvier 1977, le très sérieux journal « Le Monde » publiait une tribune signée par soixante-dix personnalités, et pas des moindres (1), certaines étant toujours en vie. Elles réclamaient une révision de la loi sur les rapports sexuels avec des mineurs de quinze ans, arguant d’une disproportion entre la sévérité de la loi et la nature des faits reprochés. Les signataires soulignaient que la société reconnaissait déjà une capacité de discernement aux jeunes de 13 ou 14 ans dans d’autres domaines, mais pas pour leur vie affective et sexuelle. Ces adultes à forte notoriété contestaient aussi la qualification de « crime » pour des relations consenties avec des mineurs de 15 ans et les conditions de détention des prévenus dans ces « affaires ». C’était une époque où le film Bilitis, qui mettait en scène des adolescentes dénudées se livrant à des scènes érotiques esthétisantes, attirait 1,5 million de spectateurs dans les salles (aujourd’hui, ceux-ci seraient-ils accusés de complicité ?). En la matière, le vent a aussi tourné, tant mieux.


L’époque où Coluche faisait rire avec le sketch de l’ado enfermé dans les toilettes pour fumer un joint est aussi révolue. L’herbe exotique est aujourd’hui concurrencée par la cocaïne et des drogues de synthèse. Le phénomène est si profondément enraciné dans notre société que Sébastien Lecornu demande aux ministres et aux membres de leurs cabinets de se livrer à des dépistages salivaires inopinés. Cela peut surprendre, bien sûr. On peut quand même se demander si certaines mesures issues des brainstormings dans les ministères ne seraient effectivement pas prises sous l’effet de la fumette…


Sans même attendre les conclusions définitives des inspections de leurs services, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez ont annoncé dès lundi des sanctions individuelles envers les magistrats et les gendarmes n’ayant pas agi efficacement dans l’affaire Lyhanna et dont les fautes supposées ont abouti à la catastrophe que l’on sait. Une communication de crise, destinée à éteindre l’incendie de la colère, qui donne quand même l’impression fâcheuse que le politique se défausse sur le lampiste, même si celui-ci n’est pas blanc-blanc. Restent les questions de fond qu’il faudra affronter : le fonctionnement de la chaîne judiciaire, son contrôle, les moyens mis à la disposition des personnels. Un chantier prioritaire.

(1) Louis Aragon, Simone de Beauvoir, Roland Barthes, Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Jack Lang, Bernard Kouchner, Gabriel Matzneff, etc.