Edito hebdomadaire - La piste aux étoiles
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 14 août 2026
À chaque époque ses embouteillages. Dans les années 70, le cinéaste Luigi Comencini reconstituait un échantillon de la société d’alors avec des milliers d’automobilistes pris dans un gigantesque bouchon autour de Rome. Pendant une journée, pare-chocs contre pare-chocs, chacun s’efforçait de survivre dans ce collapse sans queue ni tête. Un monde d’une totale absurdité, qui inclinait M. Tout le monde à se laisser aller aux pires bassesses morales pour s’en sortir. Corrosif et drôle.
Aujourd’hui, ce grand embouteillage s’est déplacé de nos autoroutes terrestres, désormais saturées, au ciel au-dessus de nos têtes. Quelque part dans l’éther, des milliers de satellites se croisent sous la voûte céleste. Autant de petits points lumineux qui se poursuivent, se croisent et parfois même se télescopent car il n’y a pas encore de « code de la route » là-haut. Ce bon vieux Spoutnik fut le premier à s’aventurer dans ce monde infini et glacé en 1957, lançant vers la Terre des « bip-bip » qui tenaient lieu de conversation entre l’immensité infinie et les Terriens. Lesquels n’avaient pas encore complètement cochonné leur planète, de moins en moins bleue.
Depuis, les satellites de communication, militaires, météo, de géolocalisation et on en oublie se bousculent au portillon du firmament. Ils ont déjà essaimé leurs débris qui se déplacent à des vitesses aussi sidérales que sidérantes, devenant de dangereux obstacles pour eux-mêmes. Elon Musk , avec son réseau Starlink, a envoyé… 10 500 satellites pour « couvrir » la totalité de la surface terrestre, et permettre ainsi au plus isolé des pygmées de naviguer sur TikTok et Amazon pour acheter d’un clic ce dont il se passait très bien jusqu’à présent mais qui lui devient soudainement absolument indispensable.
Mais l’on aurait tort de se focaliser sur le milliardaire américain, sur ses lubies et ses outrances. Nous autres Européens entrons à notre tour dans cette course avec le programme IRIS. Il est notre seule fenêtre de tir pour ne pas être définitivement déclassés dans cette course au « progrès ». Il s’agit d’une modeste constellation qui va ajouter 66 nouveaux satellites aux 348 déjà en service. Bruxelles souligne que ce projet « fournira une connectivité souveraine, sécurisée et hautement fiable aux gouvernements européens, aux forces de défense et de sécurité et aux services d’urgence dans toute l’Europe ».
Contrairement à Musk, seulement guidé par ses intérêts privés, cet IRIS européen se veut « participatif », c’est-à-dire une horreur quasi bolchevique vu depuis l’Amérique de Trump. Il associe les États membres, l’Agence spatiale européenne, les chercheurs du vieux continent, des fleurons comme Eutelsat, Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space, à de nombreuses entreprises, séduites par cette opportunité.
IRIS est le Vasco de Gama des temps présents. Le projet part à l’assaut de nouveaux mondes riches de promesses, même Jules Verne n’avait pas osé imaginer davantage qu’un modeste « De la Terre à la Lune »… Rêver loin reste en ce 21e siècle du domaine de l’homme (et de la femme). Pour preuve, Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal, Marine Le Pen, Bruno Retailleau et quelques autres se voient déjà à l’Élysée, brillant de mille feux, comme un satellite sous la Voie lactée.