Le déclin de l’empire américain
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 8 mai 2026
Comme à chaque fois qu’il brandit (souvent) le bâton et (plus rarement) la carotte, nous ne trouvons plus beaucoup de raisons de croire Donald Trump maintenant qu’il annonce bloquer pendant « des mois » le détroit d’Ormuz. Le président des États-Unis nous a habitués à tant de virages sur l’aile, à tant de déclarations fracassantes aussitôt démenties par les faits que sa crédibilité internationale tangente le zéro, contrairement, hélas, à sa capacité de nuisance.
Le blocus, tel qu’imaginé par Trump et aussi par les Iraniens, concerne 20 % du trafic mondial des marchandises et coupe la route des imports/exportations entre l’Asie et le reste du monde. Pour les hydrocarbures, si les craintes sur l’approvisionnement sont réelles, la guerre au Moyen-Orient n’a encore provoqué qu’une hausse spectaculaire des tarifs à la pompe, mais ni restrictions ni pénurie. En bloquant Ormuz, en paralysant le commerce international, le président américain fait aussi beaucoup de mal à son propre pays : les ménagères des États-Unis redécouvrent les « joies » de l’inflation et de la perte de pouvoir d’achat – sujet ultrasensible –, soit l’exact contraire de ce que le Républicain à casquette leur avait promis.
Dans ce contexte, l’Europe, combien de divisions ? Ben, euh… Quelques frégates françaises qui font des ronds dans l’eau en se hâtant de ne surtout pas avoir à intervenir, quelques navires de guerre britanniques (paraît-il en piteux état), quelques systèmes de défense allemands ou italiens. Et beaucoup de paroles, de nobles intentions, mais une totale impuissance. Rien de déterminant pour influer sur cette situation à laquelle nous ne sommes « invités » qu’en spectateurs passifs. La formidable armada de Trump, qui devait venir au secours de la population iranienne appelée par Washington à se soulever contre les mollahs, n’a militairement pas réussi à dégager Ormuz, et politiquement pas contribué à bouter le régime hors de Téhéran. C’est le piteux bilan d’étape.
Les semaines à venir vont être cruciales.
En Asie, c’est la saison des semailles, mais les engrais ne sont pas arrivés dans les exploitations. En Thaïlande, au Vietnam et ailleurs, les agriculteurs n’ont plus les moyens de payer ces produits dont le prix a brutalement augmenté de 40 % depuis qu’ils ne peuvent plus quitter le Moyen-Orient où ils sont fabriqués. La Chine, autre grand pays producteur, a interdit leur exportation au nom de son autosuffisance alimentaire, qui a d’ailleurs fait l’objet d’une loi en 2023 obligeant les collectivités locales à intégrer des objectifs de production alimentaire dans leurs plans économiques.
Les décisions prises dans les prochaines semaines détermineront les rendements de la riziculture mondiale en fin d’année : l’enjeu est au moins aussi important que celui du pétrole, même si, en Europe, il est moins prégnant qu’en Asie. Mais que, dans ces pays, les agriculteurs renoncent à semer et à planter faute d’argent pour acheter les engrais indispensables est inquiétant pour les centaines de millions de personnes qui dépendent de leur travail pour se nourrir.