Edito hebdo - Les guêpes

Edito hebdo - Les guêpes et le taureau

Même si les Américains ont envoyé une « armada » croiser au large de l’Iran, le régime de Téhéran, plus faible militairement, conserve cependant une grande puissance de nuisance. Ayant juré de riposter à toute attaque – sur ce point, on peut leur faire confiance –, les mollahs disposent d’un arsenal de missiles balistiques et de drones qui sont (paraît-il) dissimulés dans tout le pays et donc difficiles à détruire de façon préventive. Leur portée leur permet d’arroser la trentaine de bases US de la région, mais aussi les infrastructures sensibles de pays voisins et amis de Washington comme la Jordanie, le Qatar, l’Arabie saoudite et bien sûr Israël. Ces États s’inquiètent, à juste titre, des représailles dont ils pourraient être les premiers « bénéficiaires » si Trump décidait d’attaquer.

La protection des manifestants cruellement réprimés (30 000 morts, chiffre avancé par les ONG, mais sans doute encore plus élevé) sert de prétexte à une intervention américaine. Mais ce ne sera pas la seule raison de déclencher la foudre : que l’Iran ne devienne pas une puissance nucléaire est évidemment très souhaitable. En attendant, Téhéran dispose du pétrole pour faire danser le monde. Pendant la guerre avec l’Irak, le régime des mollahs avait déjà miné le détroit d’Ormuz, où transite actuellement entre 20 % et 25 % du gaz naturel liquéfié et de l’or noir mondial : de quoi faire flamber les prix et trembler les économies dépendantes de ces énergies. Sans même parler des missiles qui pourraient tomber sur les puits de pétrole de l’Arabie saoudite…

Même avec leur porte-avions géant Abraham-Lincoln et son escorte surarmée, les Américains doivent redouter des attaques concentrées sur une seule cible par un grand nombre de drones à forte charge explosive. Des sortes d’« essaims volants » que les défenses pourtant sophistiquées des navires US auront du mal à neutraliser. La probabilité est suffisamment élevée pour que cette hypothèse inquiète à Washington. Les Iraniens disposent aussi de vedettes lance-torpilles rapides qui pourraient agir façon kamikaze contre l’armada des États-Unis. Une guêpe peut bien piquer un taureau…

Beaucoup espèrent donc, si intervention américaine il devait y avoir, qu’elle soit limitée à des frappes « chirurgicales » sur des objectifs militaires et nucléaires, de sorte que les pertes civiles soient aussi réduites que possible. Les interventions précédentes en Irak et en Libye n’ont pas amené les résultats espérés, des régimes plus démocratiques, et la chute des tyrans n’a pas empêché la guerre civile et le bain de sang. À Téhéran, peu de monde sans doute regretterait les mollahs et leur brutalité. Mais leur affaiblissement ou leur chute fera basculer ce pays de 93 millions d’habitants dans un avenir incertain, sûrement vers un régime policier musclé s’appuyant sur les militaires ou sur les Gardiens de la Révolution. Pas réjouissant…

Il est à craindre que, pour ne pas perdre la face après avoir rassemblé une telle force considérable, Trump se sente obligé d’agir. C’est un risque à ne pas prendre à la légère, compte tenu de la personnalité du président américain (1). S’ouvrirait alors une période de guerre aux répercussions imprévisibles et potentiellement dévastatrices.


(1) En onze mois, précisément entre le 20 janvier et le 8 décembre 2025, Trump a ordonné 637 frappes aériennes contre 555 pour Joe Biden pendant ses quatre années de mandat.