Mouans-Sartoux : la démocratie alimentaire
- Par Marine Einaudi --
- le 3 juillet 2026
Vendredi 3 juillet, Mouans-Sartoux ouvre les portes de sa ferme municipale de Haute-Combe pour célébrer un anniversaire, celui d’un modèle bâti autour de l’alimentation durable depuis 25 ans. Vingt-cinq ans qu’il grandit et essaime en France et dans le monde… Jusqu’à New York, on parle de Mouans-Sartoux.
« Tout part d’une volonté politique »
Une terre, 6 hectares cultivés en bio pour fournir les cuisines des cantines scolaires de la ville. Haute-Combe a échappé à la promotion immobilière quand, en 2005, André Aschieri, maire de la ville à l’époque, préempte le domaine.
À Mouans-Sartoux, les élus sont précurseurs : ils parlent de bio, de bonnes pratiques alimentaires avant que le sujet ne soit à la mode, avant qu’un constat alarmant soit fait : si on fermait les frontières du département, la population n’aurait qu’une demi-journée d’autonomie alimentaire.
À Mouans-Sartoux, cela fait 25 ans que l’on met tout en œuvre pour préserver la santé et l’environnement. « Lorsque l’idée germe d’aller vers une certaine forme d’autonomie au niveau de la production de denrées alimentaires, le pari a été de dire : on dispose du domaine agricole de Haute-Combe, on tente le coup, on a démarré petit et, de fil en aiguille, on a construit le projet », explique Pierre Aschieri, fils d’André, édile de la commune depuis 2015. Aujourd’hui, ce sont 25 tonnes de légumes bio qui sont produites en régie agricole municipale par quatre agriculteurs à temps plein. Dans les assiettes des petits Mouansois, 85 % des légumes sont locaux et bio. « Tout part d’une volonté politique et d’une mise à disposition de moyens au service de cette ambition qui n’a pas faibli depuis 20 ans. Une volonté politique qui a embarqué les élus, une partie de la population qui adhère et des agents investis de cette mission et qui incarnent le projet », poursuit le maire. Le travail d’une équipe municipale plébiscité et relayé par la population.
Au-delà de la cantine
« On a réussi à faire de l’alimentation une identité à Mouans-Sartoux. Une enquête a montré qu’entre 70 et 80 % des habitants ont changé leurs habitudes alimentaires. Préserver la santé et l’environnement de demain, elle est là la satisfaction, on le voit bien avec les épisodes de canicule, c’est un gros enjeu. » Gilles Pérole, adjoint au maire délégué à l’alimentation, milite depuis plus de 30 ans pour une alimentation durable. « En cinq ans, on a réussi à réduire de 26 % l’impact carbone de l’alimentation des Mouansois. » Un projet vertueux qui a des répercussions positives à bien des niveaux. « La ferme ne coûte pas moins cher, mais on rémunère les agriculteurs sur la grille de la fonction publique, donc nous ne faisons pas d’économie, mais nous faisons de la dignité humaine, de la justice sociale. Sur les cantines, nous diminuons le gaspillage alimentaire ; nous végétalisons les assiettes et là, nous faisons des économies. Le prix de revient de la cantine est inférieur à la moyenne nationale, alors que la cantine est 100 % bio, là où la moyenne nationale est à 7 % de bio. » Un projet global de territoire, parti de l’assiette des enfants et qui fédère, aujourd’hui, toute une population : « Tout part de l’influence que les enfants ont auprès de leurs parents qui consomment désormais moins de produits transformés, ils font attention à la saisonnalité et essaient d’aller rechercher du bio, du local. Du coup, la consommation des légumes locaux va au-delà des cantines désormais. Nous avons donc remis en culture des terres abandonnées pour installer de nouveaux agriculteurs et répondre à la demande croissante de produits locaux. »
Le maire évoque également le souhait des particuliers de participer à cet élan collectif en mettant en culture leurs propres terres. Toute une économie circulaire prospère. Depuis quelques mois, les familles en précarité alimentaire accèdent aussi aux produits locaux via l’épicerie sociale, les personnes âgées partagent les mêmes repas que les écoliers et la municipalité travaille avec le Club des entreprises du pays de Grasse pour étendre le modèle aux restaurants d’entreprise.
Dans l’assiette des écoliers
– 1 200 repas 100 % bio/jour
– 25 tonnes de légumes bio produites par an en régie municipale
– 50 variétés de légumes
– Zéro euro de surcoût pour la cantine
– Réduction de 26 % de l’empreinte carbone de l’alimentation en cinq ans
– Depuis 2012, les terres agricoles cultivées sont passées de 40 à 112 hectares.
Au-delà de Mouans-Sartoux
Mouans-Sartoux inspire. Même si un copié-collé du modèle n’est pas envisageable, chaque territoire étant différent, le partage d’expérience, la vision et les valeurs peuvent se transmettre. Gilles Pérole fait du prosélytisme et accompagne les territoires qui le sollicitent. Dernièrement, la ville de New York a manifesté son intérêt : « New York nous a contactés il y a 15 jours… C’est un chercheur qui s’intéresse à notre expérience, il m’a interviewé et c’est lui qui a voulu me connecter avec New York. On doit échanger prochainement. »
La ville de 11 000 habitants fait des émules un peu partout et souvent là où on s’y attend le moins : « Il y a déjà eu Villejuif, ville de la petite couronne parisienne ; ils ont acheté une ferme dans l’Yonne à 100 km : une façon d’adapter le projet par rapport à leurs contraintes de territoire urbain. Lyon, Marseille, Épinal et, plus proches de nous, Saint-Vallier, Châteauneuf… Des élus de Saint-Martin-Vésubie sont venus récemment. » Cette liste est non exhaustive.
La boîte à outils du partage du projet se diffuse par le biais de plusieurs canaux. Mouans-Sartoux fait partie d’un réseau européen, Eat4Climate, elle appartient à un « réseau d’échanges de communes écocitoyennes » et, il y a neuf ans, en partenariat avec l’Université Côte d’Azur, elle a contribué à créer un diplôme universitaire de chef de projet en alimentation durable : « C’est Pierre Aschieri, qui est enseignant-chercheur, qui a connecté la fac avec Mouans-Sartoux. 130 personnes ont déjà été formées et travaillent soit directement dans les collectivités, soit en conseil pour les collectivités, et portent la vision de Mouans-Sartoux », précise Gilles Pérole.
Mouans-Sartoux est devenue un symbole, celui d’une utopie en marche. « On a pris pour habitude de ne pas écouter les grincheux, ceux qui disent que c’est trop cher, impossible. Il faut sortir des modèles classiques et expérimenter. C’est ce qu’on fait ici, on théorise très peu, on construit de façon empirique. On a un besoin, on réfléchit à comment y répondre. »
En toute humilité, Pierre Aschieri résume la démarche entreprise par ce village de Gaulois qui invite à la réflexion. Une philosophie que Gilles Pérole, intervenant dans l’émission « Des trucs qui marchent », résume avec humour : « Au pays d’Astérix, tous les problèmes trouvent une solution autour d’un bon banquet et ce banquet, on vous propose de le faire tous les jours dans toute la France pour que les enfants préfèrent vraiment manger à la cantine. »
Les dates importantes
10 ans de la MEAD (Maison d’éducation à l’alimentation durable)
15 ans de la ferme municipale et des cantines en 100 % bio
25 ans de la mise en place d’une cuisine par école





