Pékin-Washington : un nouveau Yalta économique
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 22 mai 2026
L’absence de la France à la conférence de Yalta qui avait réuni Staline, Churchill et Roosevelt pour organiser le nouveau monde hérité de la guerre et de la défaite de l’Allemagne avait été – est toujours – ressentie comme une humiliation. Notre pays n’avait pas été invité à la table des grands, une façon de lui confirmer qu’il comptait pour pas grand-chose...
L’histoire est en train de se répéter à Pékin, où l’empereur Xi Jinping a invité en visite d’État un Donald Trump décrédibilisé mais qui continue à compter dans l’économie mondiale qu’il met pourtant cul par-dessus tête avec ses sanctions et droits de douane. L’Europe ? Comme la France à Yalta : totalement absente. Ce qui serait « normal » pour un sommet bipartite comme celui-ci si le Vieux Continent faisait partie des préoccupations des deux géants. Mais ils sont trop occupés à se partager la planète et ses richesses, à blinder leurs zones d’influence. Le sort de l’économie d’une Europe mise à mal par les guerres d’Ukraine et d’Iran et par les foucades du président américain est le cadet de leurs soucis.
Pourtant, les décisions prises à Pékin auront un impact direct sur notre activité dans le cadre de la guerre économique que se livrent l’empire du Milieu et les États-Unis. Ils ont la puissance égoïste, tournée vers leurs intérêts propres, sans s’encombrer de « quantités négligeables ». Que Renault tousse, que Mercedes patine, que les voitures chinoises boostées aux subventions déferlent sur nos marchés n’est pas leur problème. Le nôtre, oui.
Depuis que Trump s’est installé à la Maison-Blanche, les importations chinoises vers les États-Unis ont baissé de 20 % en valeur. Une bonne nouvelle ? Pas vraiment : la Chine a déjà largement compensé avec un excédent record de ses exportations de 1 200 milliards de dollars (+20 %). L’Union européenne, qui est pourtant un grand marché de 650 millions d’habitants, en fait déjà les frais. Et ce n’est pas fini : sur les quatre premiers mois de l’année, l’excédent commercial chinois a gonflé de 25 % chez les 27...
Les États-Unis ne sont pourtant pas à l’abri de cet appétit venu d’Asie. La Chambre de commerce américaine constate que Pékin « entre dans une nouvelle phase de sa politique industrielle » et que « l’intervention de l’État dans l’ensemble de l’économie prend une ampleur sans précédent ». La Chine reste insensible aux pressions « amicales » et autres sanctions car l’économie occidentale – et en particulier américaine – a besoin de ses produits critiques pour faire tourner sa propre machine industrielle. Pour les États-Unis, la visite de Trump est un flop retentissant.
La position du Vieux Continent est d’autant plus inconfortable que nous sommes pris entre deux feux, l’Américain qui réclame la signature de l’accord commercial prévu il y a un an sous peine de sanctions, et le Chinois qui s’impatiente de la préférence européenne des 27 dans les marchés publics et de l’exclusion de certains matériels au nom de la cybersécurité.
En attendant, qui sait, un jour prochain, où l’Europe cessera de palabrer pour consacrer ses efforts à sa défense militaire et… économique, afin de peser dans les affaires du monde. Et d’être invitée à un prochain « Yalta »...