Présomption de culpabilité
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 1er mai 2026
William McKinley, Abraham Lincoln, James A. Garfield et John F. Kennedy sont les quatre présidents assassinés au cours de leurs mandats. Theodore Roosevelt, Ronald Reagan et Donald Trump ont été plus chanceux puisqu’ils ne furent que blessés lors d’une tentative d’assassinat. Seize autres Number One ont été visés par divers complots mais sont heureusement passés entre les balles. On n’apprendra à personne que la vie politique américaine est extrêmement violente. La libre possession des armes, garantie par la Constitution, étant à l’évidence une facilitation pour passer à l’acte pour les cerveaux brumeux.
Dans cette liste des présidents ciblés, Donald Trump détient un (triste) record, avec trois tentatives d’assassinat en quelques mois : la plus spectaculaire se déroula pendant la dernière campagne présidentielle lorsqu’il a été blessé à l’oreille durant un meeting. Elle fut suivie par celle du tireur embusqué près de son golf de Mar-a-Lago, et maintenant par cette nouvelle affaire à l’occasion du dîner des correspondants de presse à Washington.
C’est peu dire que d’affirmer qu’aucun autre président des États-Unis n’aura été le centre d’autant de haine. S’agit-il vraiment du hasard, le doit-il à cette époque complètement folle où tous les repères sont bousculés par son administration ? Non, évidemment. L’attitude brutale, irrespectueuse des institutions et des gens provoque des réactions à la même hauteur. Qui sème le vent…
Dès avant sa mise en examen, Gérard Depardieu fut privé d’apparition sur les chaînes de télévision du service public. Il n’était plus question de voir « Cyrano » ni même « La Chèvre » sur le petit écran après les accusations de viol et d’agressions sexuelles dont il est l’objet. Ce n’est pourtant pas un tribunal qui l’a ‘invisibilisé’ mais une « vox populi » qui ne respecte pas le principe essentiel de la présomption d’innocence à laquelle il a, lui aussi, droit comme tout un chacun. Avant une (éventuelle) condamnation définitive.
Patrick Bruel, ah Patriiiiick Bruel ! La star des midinettes devenues ménagères de 50 ans et davantage fait également l’objet d’une campagne publique pour des accusations (graves) sur son comportement envers des femmes. Des comédiennes de renom appellent au boycott de la tournée du chanteur : là encore, la présomption d’innocence est passée davantage en pertes qu’en profits... Faut-il rappeler que c’est à la justice et à elle seule de se prononcer, après enquête, après le jugement d’éléments complexes et contradictoires, et entrer, au besoin, en voie de condamnation ? Oui, sans doute. C’est à cette seule condition que seront respectées à la fois la présomption d’innocence et la parole des victimes. Méfions-nous de ces procès express qui ne font pas bon ménage avec les bons sentiments et
l’émotion. Condamner par avance des personnes pas encore jugées relève d’une forme de « dictature » de l’opinion. Que les accusés soient puissants ou misérables, le glaive s’abattra avec la même force sur eux s’ils sont coupables. Il est souhaitable que des personnalités ayant accès aux médias attirent l’attention sur des causes aussi importantes que la lutte contre le harcèlement sexuel et le viol. Leurs paroles ont un poids dans l’opinion et participent à une prise de conscience générale. Pour le reste, c’est aux tribunaux de se prononcer.