Russie, chronique d’un naufrage annoncé
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 3 juillet 2026
Les apparences sont souvent trompeuses. Il y a quelques mois, l’Ukraine paraissait être dans une mauvaise passe. Ses troupes reculaient sur le terrain. Le moral était en berne avec des bombardements meurtriers pour les civils. Les pertes étaient importantes sur le front. La destruction par les Russes des infrastructures énergétiques privait de chauffage les habitants de Kiev et des autres villes. Un rouleau compresseur était en marche, que rien ne semblait pouvoir arrêter. Il devait faire craquer la population, mais il n’en a rien été. Les troupes de Volodymyr Zelensky ont depuis non seulement tenu, mais aussi repris un certain avantage, récupérant un petit peu du terrain perdu.
Un nouveau chapitre vient de s’ouvrir avec le récent bombardement d’une raffinerie de pétrole près de Moscou. Il démontre que les Ukrainiens sont désormais capables de frapper en profondeur le territoire de leur ennemi. Pas décisif pour gagner la guerre, mais la cible est surtout psychologique : atteindre le moral des Russes. Les drones de Kiev ont fait pleuvoir sur la capitale une pluie de suies noires et grasses. Les Moscovites ont pris conscience qu’ils ne sont plus à l’abri de cette guerre. C’est un coup dur pour Poutine, dont l’autorité et « l’infaillibilité » proclamée sont brutalement remises en cause. Sa propagande, qui tient lieu d’information, va désormais peiner à raconter à la population une histoire « clés en main » servie par des médias à sa botte. Les revers sur le terrain, encore timides, provoquent déjà des déclarations martiales du Kremlin qui cible encore une fois la « dangerosité de l’Europe » et évoque l’arme atomique. C’est quand l’ours est blessé qu’il est le plus dangereux...
En plus d’une guerre ratée du point de vue militaire, le mage du Kremlin voit les nuages s’accumuler sur sa calvitie avancée. Le PIB de son pays est à la traîne, l’inflation est florissante, les emprunts ont fortement renchéri depuis quatre ans avec, comme corollaire, des investissements en berne. La Russie connaît aussi une pénurie de main-d’œuvre puisque beaucoup d’hommes en âge de travailler sont sur le front quand d’autres se sont évaporés à l’étranger pour ne pas avoir à combattre. Les sanctions occidentales pèsent réellement sur l’économie et sur le moral des ménages avec les restrictions qu’elles imposent. Le contrôle d’internet par le pouvoir, accompagné de fréquentes coupures quand les « informations » ne sont pas bonnes à divulguer, provoque une grogne encore discrète mais bien présente dans la population.
Les centaines de milliers de morts dans le Donbass viennent aussi toquer à la porte du Kremlin qui ne réussit plus à cacher l’étendue des pertes. Bref, rien ne va plus pour Poutine qui n’a d’autre échappatoire que la fuite en avant, même si le mur se rapproche.
L’isolement de la Russie sur la scène internationale accroît sa perte d’influence, y compris en Afrique. Il ne reste plus, pour faire risette à Vladimir Poutine, que le sympathique président biélorusse Alexandre Loukachenko, l’impénétrable Chinois Xi Jinping qui attend son heure, et le Nord-Coréen Kim Jong-un, passant son temps à organiser des défilés militaires et à tester ses missiles intercontinentaux...