Témoignage de Vençois depuis Doha : « C’est contrariant mais pour l’instant on prend notre mal en patience »
- Par Marine Einaudi --
- le 5 mars 2026
Christine et Edouard Galéra sont bloqués dans un hôtel à Lusail, ville située en périphérie de Doha au Qatar depuis samedi 28 février et le début des frappes américaines et israéliennes en Iran.
Le couple de Vençois, de retour de voyage de noces en Thaïlande, faisait escale à l’aéroport de Doha pour quelques heures qui se sont transformées en plusieurs jours. Ils nous racontent leur quotidien.
Comment vivez-vous cette situation ?
Christine : Au début, on était dans un état de sidération, on était choqués. On se sentait esseulés et puis on a rencontré une autre famille de Français logés dans le même hôtel que nous. On a pu partager, échanger et jouer la carte de la solidarité. Maintenant on a notre petit rythme, on lave notre linge ensemble, on déjeune et on dîne en famille.
Vous sentez vous en danger ?
Edouard : Depuis le premier jour, on entend des explosions au loin, probablement des tirs anti-missiles qui ciblent Doha ou une base américaine dans le désert mais nous sommes à 6 km de Doha donc on n’est pas directement concernés. Il n’y a pas de bâtiment officiel là où nous sommes, juste des immeubles en construction et le désert donc il n’y a pas de gros risques.
Que faites-vous de vos journées ?
Christine : Comme on a observé qu’il n’y avait pas de danger, on a commencé à sortir un peu autour de l’hôtel pour marcher et respirer l’air frais. Nos bagages sont restés à l’aéroport, on ne sait pas quand on pourra les récupérer. On a donc décidé de prendre un taxi pour se rendre dans un mall (centre commercial) à 3 km de l’hôtel. On a pu acheter quelques vêtements et surtout aller dans une pharmacie pour commander de l’insuline pour mon mari qui est diabétique. Heureusement on a pu en avoir en 10 minutes. Cela nous a beaucoup rassurés. Sinon nos journées sont rythmées par essayer d’avoir des informations et prendre nos repas. Comme c’est le ramadan, le restaurant est fermé pendant la journée donc on a un room service qui nous permet de bruncher et le soir le restaurant est ouvert de 19 h à 3 h du matin.
Quelles informations avez-vous eues de la part de l’ambassade ?
Christine : De notre côté, nous nous sommes tout de suite inscrits sur le Fil d’Ariane et tous les jours nous avons tenté de contacter l’ambassade mais aucune réponse jusqu’à ce mercredi matin (4 mars). Après 20 minutes de sonnerie dans le vide, une dame nous a enfin répondu, elle nous a confirmé que nous étions bien enregistrés sur le Fil d’Ariane mais elle ne nous a pas caché que l’aéroport de Doha était fermé jusqu’à nouvel ordre. On a pu lui préciser que mon mari était une personne vulnérable puisqu’il est diabétique.
Et du côté de la compagnie d’avion, comment êtes-vous indemnisés ?
Christine :Notre compagnie, Qatar Airways, prend tout en charge depuis le début : la chambre d’hôtel et les repas à raison de 250 rials par personne, c’est-à-dire entre 50 et 60 euros par jour. Ils nous informent en envoyant un mail à l’hôtel tous les matins. On sait déjà qu’on sera bloqués jusqu’à vendredi matin (6 mars) minimum.
Envisageriez-vous de partir par vos propres moyens ?
Edouard :Il n’y a pas de danger physique immédiat, on est en sécurité alors oui c’est contraignant mais bon on prend notre mal en patience. Si on est encore là dans un mois, on envisagera peut-être les choses différemment. Après, notre fille va bientôt fêter ses 20 ans alors on aimerait bien être rentrés pour son anniversaire en avril.
Et du côté de vos employeurs ?
Edouard : Rien de particulier, ils comprennent la situation. On verra au fil du temps en fonction de l’évolution.
Et par rapport à votre diabète ?
Edouard : Moi personnellement, du moment que j’ai de l’insuline, je peux vivre normalement. J’aurais mauvaise conscience de passer devant les autres. C’est comme si lors du naufrage du Titanic j’avais pris une place sur un canot de sauvetage avant tout le monde.
Christine : Le problème c’est qu’il n’a plus de capteur pour mesurer son taux de diabète, il navigue un peu à vue donc s’il peut être considéré comme vulnérable et être prioritaire, on ne le refusera pas. Bref, pour le moment on n’est pas désespérés pas mais on espère ne pas atteindre ce niveau-là.
