Quand la gardienne devient une Lyonne
- Par Marine Einaudi --
- le 29 juin 2026
Il y a 6 ans, quand la famille Fournier arrive à Tourrettes-sur-Loup, elle s’installe route du Stade… Une adresse qui allait changer le cours de la vie d’Alice, leur fille. Elle a 14 ans ; aujourd’hui, elle est gardienne de football et vient de signer à l’Olympique Lyonnais.
Dans la famille Fournier, c’est Patricia, la maman, qui commence à jouer avec l’équipe féminine du village ; le papa s’entraîne aussi avec les seniors ; Nathan, le frère, lui, est surtout supporter de l’OGC Nice et la petite sœur Alice, Patricia décide de l’inscrire au club de Tourrettes à tout juste 8 ans. « L’entraîneur l’a mise dans les cages et elle n’en est jamais sortie », se souvient Patricia en souriant. « Au début, je pensais que c’était la place que personne ne voulait… » Au final, c’est la place d’Alice. Indiscutablement. Mais tout n’a pas toujours été simple. Alice, au milieu des garçons, a souvent dû lutter. « Déjà à cet âge, ils font des différences et tu entends des “regarde, y’a une fille dans les buts, c’est bon, on va gagner !” » Idées reçues, stéréotypes : des propos plus d’une fois entendus au bord du terrain…
La rencontre
« J’ai un peu souffert de ce manque de légitimité. » Alice est sensible, elle le dit elle-même : « Je pleurais tout le temps avant, pour tout et n’importe quoi, mais maintenant je suis devenue une guerrière. » Une rencontre, lors d’un tournoi, sera décisive : celle avec la manager générale du FC Antibes. Jessica Lévy va bousculer le destin d’Alice : « Elle pleurait après la défaite du match que l’on venait de disputer contre son équipe ; elle m’a touchée et je lui dis qu’elle n’avait rien à envier aux garçons et qu’elle avait tout pour devenir une grande. » Jessica veut coacher la jeune gardienne et lui apprendre à s’endurcir pour évoluer dans ce monde d’hommes.
Détectée
Alice part à Antibes avec Jessica. Trois entraînements par semaine et que du plaisir. Tout le monde se mobilise et, notamment, le papa, préparateur mental de sportifs de haut niveau. Il l’encadre au niveau de l’alimentation, de la préparation physique et mentale. Elle grandit, elle avance et on la remarque. Elle a 12 ans quand l’OL commence à la suivre. « Émile, le responsable de la cellule de recrutement féminin, vient la voir régulièrement, toujours avec un grand respect, sans rien promettre pour qu’elle ne soit pas déçue. Avec l’OL, tout est passé au crible : l’environnement familial, les résultats scolaires, la manière de s’exprimer, l’alimentation. » Jessica veille. Pour Alice, ce sera l’OL ou rien ; elle repousse les avances de tous les autres clubs. « J’ai toujours favorisé l’OL car c’est le meilleur club français. Alice avait un gros potentiel, je savais qu’elle allait y arriver ; du coup, j’ai tenu bon face à certains clubs qui la voulaient. » Et Alice confirme : convoquée deux fois à Clairefontaine cette année elle gagne en visibilité. L’OL l’appelle pour participer à des tournois en Suède et en Espagne et, finalement, on lui remet son maillot en fin de saison. « Je suis fière. Et elle va pouvoir s’entraîner dans des conditions idéales : l’Academy est magnifique, les structures, le staff médical, les kinés… et c’est paritaire : garçons et filles sont logés à la même enseigne. Tout est pris en charge par le club, de la carte Ouigo à la prépa mentale. » Alice ira au lycée juste en face de l’Academy dans une classe aménagée « OL » pour poursuivre sereinement sa scolarité en seconde générale. « J’ai un peu peur mais, en même temps, j’ai tellement hâte. Je vais pouvoir me dépasser, tout va être bien cadré et puis je vais me sentir plus à ma place dans une équipe de filles. » Cela fait deux ans que le projet mûrit ; toute la famille a pu se préparer. Alice rejoint l’OL Lyonnes, l’équipe la plus couronnée sur la scène européenne avec 8 titres et un palmarès de 42 trophées toutes compétitions confondues, le club de la joueuse iconique Wendie Renard.
Pour Alice, c’est maintenant que tout commence.