Franck Cannata, président

Franck Cannata, président de l’UPE06 : « Le chef d’entreprise n’est pas non plus suicidaire »

Alors que l’UPE06 prépare une grande soirée de rentrée mardi 15 septembre, son président, Franck Cannata, fait le point sur la situation économique et le moral des chefs d’entreprise.

Croissance en berne, incertitudes budgétaires, dette publique abyssale (3 500 milliards d’euros), recul des investissements, nouvelle augmentation du prix du carburant… la rentrée économique se fait, cette année encore, dans un contexte ultra tendu…

Franck Cannata ©UPE06


 Franck Cannata : En effet, les rentrées se succèdent et malheureusement se ressemblent voire se détériorent puisque la crise est toujours plus forte. Les dirigeants en deviennent de plus en plus attentistes.
Le chef d’entreprise est là pour innover, se projeter, pour créer de la richesse, de la valeur, de l’emploi, pas pour attendre… mais il n’est pas non plus suicidaire. Quand il l’estime trop important, il n’a pas le droit de faire courir de risque à sa société, ses collaborateurs, ses fournisseurs et ses clients. Notre crainte est et demeure le manque de visibilité.

Comment mesurer l’inquiétude des dirigeants ?

 Il y a un indicateur clé et ultra inquiétant qui ressort de la consultation menée par le Medef auprès de 66 000 entreprises : seuls 60% des chefs d’entreprise consultés conseilleraient à un jeune d’entreprendre. C’est un marqueur catastrophique ! Pis encore, 40% d’entre eux recommanderaient de le faire à l’étranger.
Deuxième réponse inquiétante : 82% des dirigeants se disent pessimistes quant aux effets, sur leur entreprise, de la politique économique du prochain président de la République, et ce quel qu’il soit. Ça, c’est une première !

À la REF, la Rencontre des Entrepreneurs de France, fin août à Paris, les principaux candidats à l’élection présidentielle se sont justement exprimés face aux chefs d’entreprise. Vous n’en êtes donc pas sorti rassuré ?

REF 2026 - Les 7 principaux candidats
à l’élection présidentielle 2027
se sont exprimés devant les chefs
d’entreprises français. ©UPE06


 Je ne fais pas de politique mais disons que les candidats nous ont livré le discours que nous voulions entendre : « Il faut réduire les charges, les impôts de production, les normes, il faut ci, il faut ça  »… Certes, c’est ce que nous demandons depuis longtemps, mais c’est la mise en œuvre qui m’intéresse. Comment simplifier ? Comment faire des jeunes une priorité nationale ? Il n’y a eu aucune annonce, aucune précision. Nous sommes à moins de huit mois des élections présidentielles et aucun cas concret n’a été abordé.
Tout cela ne fait qu’amplifier l’inquiétude du chef d’entreprise qui, dans ce contexte, n’investit pas, ne recrute que pour ce qui lui est absolument indispensable, ne crée pas de valeur… On parlait de 70 000 défaillances d’entreprises, on est désormais plus proche des 71 000. Mécaniquement, le taux de chômage progresse.

« Le chef d’entreprise est à bout de souffle, à bout de nerfs. »

Quel est le moral des chefs d’entreprise azuréens ?

 Clairement, il n’est pas au beau fixe. Le chef d’entreprise n’a pas le choix, pas d’excuse, il doit trouver des solutions pragmatiques, de bon sens. Mais il est à bout de souffle, à bout de nerfs. Il a perdu confiance dans nos politiques. Il a perdu l’énergie. Sur la Côte d’Azur, comme ailleurs, beaucoup de dirigeants ont plus de 55 ans et ils sont de plus en plus nombreux à dire qu’au lieu de céder leur activité, ils préféreront simplement cesser.
Il y a bien sûr des secteurs un peu plus épargnés, comme le luxe ou les activités très tournées vers l’international comme le tourisme, mais cela ne permet pas de compenser tous ceux en difficulté comme le BTP ou le retail. On le voit dans le transport de marchandises aussi : le pouvoir d’achat est en baisse, les investissements reculent, automatiquement les volumes transportés baissent aussi. Presque toutes les branches portant l’économie sur notre territoire sont en souffrance. Cela fait déjà plus de deux ans que l’on pioche dans la trésorerie, que l’on pioche un peu partout pour faire face à la contrainte. Ce n’est pas inépuisable.

La délégation azuréenne emmenée par l’UPE06 était importante cette année encore à la REF fin août à Paris. ©UPE06

Le territoire a-t-il bénéficié d’une nouvelle dynamique depuis les élections municipales ?

 Une nouvelle équipe impulse toujours une nouvelle dynamique. On peut noter la baisse de la fiscalité, qui est un bon pas, même si, évidemment, cela ne pourra combler les surtaxes et autres surcharges.
Maintenant, il faut aller plus loin en trouvant des solutions aux entreprises qui ont besoin de se développer, et notamment, encore une fois, sur le sujet du foncier, en créant des zones d’activité ciblées. Il faut aussi continuer d’améliorer une offre de formation adaptée à notre tissu économique, afin de garder les talents et d’en attirer d’autres. On sait que c’est compliqué à cause des deux problématiques qui demeurent : la mobilité et le logement.

« Les permis de construire doivent être délivrés beaucoup plus rapidement et les recours abusifs doivent être sanctionnés. »

Le sujet des logements pour les actifs, à la fois en nombre suffisant et accessibles, est devenu l’arlésienne. L’UPE06, notamment, pointe ces difficultés depuis des années mais concrètement, quels sont les besoins aujourd’hui ?

 Là encore, il faut du courage. Il faut absolument pouvoir mailler contrats de travail et logements pour nos actifs, il faut que cela puisse entrer dans la loi SRU, que les maires acceptent des constructions.
70 % des salariés sont éligibles aux logements sociaux. Or dans les Alpes-Maritimes, nous n’avons pas les logements suffisants. Priorité est donc donnée à ceux qui sont dans une situation très compliquée et c’est normal, mais l’actif qui crée de la valeur, dans sa société et au-delà, continue de voir sa demande passer en-dessous de la pile. Alors qu’il n’aura pas les moyens pour se tourner vers le parc privé.

De gauche à droite - Stéphane Benhamou,
président du Medef Sud ; Franck Cannata,
président de l’UPE06 ; Patrick Martin,
président du Medef, et Laurent Lachkar,
élu UPE06 ©DR

Il est donc nécessaire de construire et il faut aller vite, car si la crise est durable, demain quand l’activité repartira, nous aurons à nouveau besoin de recruter, il nous faudra être prêts. Pour accélérer, les permis de construire doivent être délivrés beaucoup plus rapidement et les recours abusifs doivent être sanctionnés.
Si la Côte d’Azur a échappé aux incendies et que la sécheresse y est moins sévère qu’ailleurs, la situation n’en est pas moins catastrophique. Pourtant, en cette rentrée, la crise climatique est un sujet qui semble déjà remisé.
À l’UPE06, nous faisons en sorte d’informer, de mobiliser les entreprises notamment sur la gestion de l’eau dont on a longtemps pensé qu’elle était une ressource inépuisable. Toutes les usines, tout le secteur touristique ont besoin d’eau pour fonctionner. Il nous faut amplifier la sensibilisation tout au long de l‘année pour que la prise de conscience soit totale. Honnêtement, nous sommes encore confrontés à quelques réticences, d’autant que l’hiver dernier il a beaucoup plu et beaucoup neigé.
La transition écologique a été mise sur un plan idéologique et non pas de bon sens. Or, quand c’est idéologique, ça ne marche pas. Le contexte économique actuel étant ce qu’il est, on se rend bien compte que l’urgence semble être un peu moins présente pour les entreprises qui n’ont pas la capacité financière à décarboner. Il ne faut absolument pas faire machine arrière mais pour être efficace, la décarbonation doit être pragmatique, relever du bon sens.

L’UPE 06 a contribué à l’étude « Logement et mobilité : 30 propositions pour le développement azuréen », conduite par l’Institut Enterritoires en janvier 2026.

Dans ce contexte difficile, l’UPE06 organise une grande soirée de rentrée mardi 15 septembre au Château de Crémat…

 Notre objectif est de faire se rencontrer les branches, les entreprises, pour arriver à une émulsion plus forte, pour fédérer. Nous attendons plus de 300 personnes.
Nous allons tous dans la même direction. Travailler en commun, dans la proximité, mutualiser chaque fois que cela est possible, je pense que c’est au travers de ce type d’événement qu’on peut le faire. Longtemps, on a eu l’habitude d’aller chercher n’importe quel produit à l’autre bout de la planète, même quand on l’a ici. Il faut arriver à inverser les choses. Le Covid a été un accélérateur mais il faut continuer d’amplifier nos réseaux. Si on a une solution, un produit ou un service sur le territoire, on se doit de faire travailler l’acteur de proximité. Là encore, ce n’est pas du protectionnisme, c’est du bon sens. Et ça participe à la décarbonation !

©UPE06

Photo de une : Franck Cannata ©Olivia Oreggia