Joëlle Moins, une vie consacrée au travail
- Par Marine Einaudi --
- le 6 mars 2026
La sémillante Joëlle Moins ne s’interdit rien, ne recule devant rien et rend tout possible. Depuis plus de 30 ans qu’elle dirige l’association Forma, elle ne cesse de donner vie à ses idées.
Joëlle impressionne par son dynamisme et sa persévérance : le parcours de la babyboomeuse a tout de suite été celui d’une battante. Quand, mère de deux enfants, elle s’inscrit aux cours du soir et du samedi matin pour décrocher un master en ressources humaines, on comprend déjà que rien ne pourra l’arrêter.
Avec Forma, c’était un saut vers l’inconnu, il a fallu aussi se retrousser les manches : « Quand on a créé l’association, on est parti de rien. Quand on part de rien, on peut tout faire. » Classiquement, Forma démarre en proposant des formations pour les salariés dans l’accueil téléphonique et physique, une tendance à l’époque. Mais l’incubateur d’idées tourne à plein régime et Joëlle l’avant-gardiste pense insertion socio-professionnelle pour des
publics plus vulnérables et éloignés du monde du travail. C’est ainsi que « l’association a proposé des bilans d’orientation pour les allocataires du RMI (ancien RSA) sans domicile fixe afin de les aider à dépasser ce statut. Je me suis rapprochée du conseil général (départemental aujourd’hui) qui m’a fait confiance à un moment où peu de gens s’engageaient sur cette voie. »
Aider les autres
Avec beaucoup d’énergie, Joëlle Moins tisse un réseau d’entraide en établissant des connexions pour que les SDF puissent reprendre leur vie en main : retrouver la confiance en soi, se réapproprier son apparence physique et apprendre à se présenter pour un entretien d’embauche. Joëlle fait le tour de ses connaissances pour récupérer des vêtements, mobilise des chefs d’entreprise afin de préparer les nouveaux stagiaires aux entretiens. Entre 1993 et le milieu des années 2000, l’association a épaulé plusieurs milliers de demandeurs d’emploi. Toujours avec cette même volonté d’aider les autres, elle collabore avec la mission locale de Grasse. « Pendant deux ans, j’ai suivi des mineurs incarcérés à la prison de Grasse pour les amener à comprendre qu’il pouvait y avoir quelque chose d’autre après l’incarcération. » Les années 2000 sont aussi marquées par la prise en charge des séniors chez Forma avec un dispositif appelé « appui intensif emploi ».
« De l’apaisement »
Après trois décennies consacrées à soutenir la recherche d’emploi et la formation, Joëlle a ressenti le besoin de tourner une page mais elle n’était pas décidée à s’arrêter pour autant. Comme elle a toujours une idée d’avance, elle enclenche la suite : « Dans cette période tellement difficile, j’ai eu envie de donner un moment hors du temps, d’apporter de l’apaisement, d’oublier le quotidien. A travers le végétal… une réinsertion dans la quiétude. » C’est ainsi que désormais chez Forma, on plonge les mains dans la terre et dans l’argile pour apprendre à faire un « kokedama », une sphère de mousse végétale très populaire au Japon, un terrarium ou un tableau végétal stabilisé. Créer en partant du végétal : une nouvelle vision pour faciliter la transmission. Joëlle Moins se délecte de ce nouveau départ à un âge où sa génération bénéficie de la retraite depuis déjà quelques années. Elle rit de ne pas vouloir s’arrêter, précisant en plus qu’elle « garde une activité de conseil, notamment pour les retraités qui ont des difficultés à constituer leur dossier administratif. »
Toujours une oreille attentive aux autres sans pour autant être donneuse de leçons, Joëlle se voit juste comme une femme déterminée qui ose entreprendre. Et si elle se permet un petit conseil aux filles, c’est toujours avec beaucoup d’humilité : « Osez, que vous ayez fait ou que vous n’ayez jamais fait. Osez, faites-le, suivez votre instinct et vos intuitions ! Quand une femme veut quelque chose, il faut qu’elle aille au bout ! »