
Portrait - Vence : Théa, du bois de la Signe
- Par Marine Einaudi --
- le 29 août 2025
Un sifflement mélodieux retentit. « Vïnka, viens ma fille, allez, pousse. Allez, encore. C’est bien Vïnka. » Théa est là, au cœur du bois de la Sine avec Vïnka, un berger de Crau, et son troupeau : 57 chèvres, des boucs, des petits, des mères… « Langoustine, tu te bouges. Ben oui elle s’appelle Langoustine, parce que sa mère c’est Augustine… » Théa part dans un grand éclat de rire. Toutes ses chèvres ont un prénom : Libellule, Bernadette, Alba… Elles ont même des parrains. Le projet de la jeune Théa séduit tellement que beaucoup lui ont proposé de l’aider en parrainant une chèvre.
« J’étais un peu gênée de recevoir de l’argent comme ça alors j’ai cherché des petites formules pour remercier les gens. Le parrain ou la marraine peut soit venir garder sa chèvre avec moi soit, quand j’aurai la chèvrerie, faire un atelier fromage ou traite. J’envoie des photos pour donner des nouvelles. »
Débroussailler et nourrir

Dans le bois, la famille de Théa est présente depuis l’arrière-grand-père, qui avait acheté des terrains pour y implanter une carrière de sable. La jeune femme, elle, a choisi de peupler le bois d’une famille de chèvres provençales de race rustique qui débroussaillent avec avidité 70 hectares du massif forestier. « Ici il y a un fort risque incendie, elles passent tous les jours, elles mangent de manière régulée, elles grapillent à droite, à gauche, ça permet d’entretenir la forêt sans la dégrader. Et moi, vu que je les suis, je fais des rondes et je peux alerter et faire de la prévention. »
La finalité de cet élevage est la « biquetterie des Bois » : une fromagerie bio qu’elle va bientôt pouvoir installer. Après des mois de recherche, elle a pu bénéficier d’un coup de pouce. « J’ai cherché tous les jours des solutions mais il y avait toujours un truc au niveau de l’urbanisme. Finalement la solution est venue de la mairie qui a réussi à me trouver un terrain pour installer la fromagerie et une serre tunnel pour que les chèvres soient à l’abri en cas de grosses pluies et pour les mises bas. Le tout pour un loyer symbolique. » Avec un bagage technique solide, un BTS gestion protection de la
nature, un BTS agricole, suivi en apprentissage dans une ferme, et une licence montagne et pastoralisme, à seulement 25 ans, Théa réalise son rêve de petite fille : « J’ai toujours eu ce rêve d’avoir ma ferme, de faire des fromages et des yaourts. J’ai déjà des restaurants, des épiceries qui m’ont contactée pour acheter ma production. » Au printemps 2026, Théa devrait pouvoir proposer sa première gamme de fromages. L’histoire de Théa fait écho à celle de « sa mamie de la montagne », Liliane, qui gardait les chèvres sur les pâturages de Mujouls, petit village de la vallée de l’Estéron.