Portrait - Koss, la (…)

Portrait - Koss, la femme allumette

Sa « Femme Allumette » a été adoubée par Ben. Il lui avait fait une place au musée d’Art Naïf lors de sa dernière exposition événement au printemps 2024. Rencontre avec l’artiste plasticienne Koss.

Autour d’elle, César, Ben, Folon, Sosno… Petite, ado, adulte, ils étaient là. Grands amis d’Emile, le papa imprimeur, les figures de l’École niçoise ont laissé leurs empreintes dans le salon familial. César avait déjà créé sa fameuse compression éponyme, Folon avait son musée. Alors forcément quand on grandit dans un tel univers…

« Tout cela m’a nourrie. Petite, j’ai essayé le fusain, la mosaïque. J’achetais des livres et dans mon coin je faisais des esquisses, des dessins.  » Quand elle est arrivée à maturité, elle a pu soumettre son travail à Ben. « Il était très intéressé par les méthodes de fabrication de ma Femme Allumette qu’il a exposée au musée d’Art Naïf. C’était très enrichissant de pouvoir approcher des personnages tels que lui car ils osent tout et si cela ne marche pas, ce n’est pas grave, ils ouvrent une autre porte. C’est ce que j’essaie de faire aussi.  »

© Koss

Koss est autodidacte, elle regarde pendant des heures des vidéos pour apprendre à souder, à brûler du bois, à couper, à appliquer des résines. Elle dessine des visages, des nez, des bouches, inlassablement. Elle compense ainsi le fait de n’avoir pas fait d’école d’art. Scientifique de formation, elle avait plutôt choisi l’école de kinésithérapie en gardant une place pour l’art dans son jardin secret. Désormais, elle ose dire au monde son envie d’être une artiste à part entière : «  J’ai travaillé pendant 20 ans dans des Ehpad. J’y ai côtoyé la mort, la maladie, la déchéance physique et mentale. J’ai eu besoin de m’éloigner de tout ça, de faire ressortir les émotions, les angoisses de mort, toutes les questions existentielles qui me poursuivent. L’art est une forme de catharsis pour moi. »

Shou-Sugi-Ban

©Koss

Koss ne s’interdit rien, comme ses mentors. Elle s’enferme dans son atelier avec ses outils : tronçonneuse, raboteuse, scie à onglet, avec lesquels elle fait circuler ses émotions dans la matière. «  Maintenant je me suis focalisée sur le bois. J’utilise une technique japonaise, Shou-Sugi-Ban : on brûle le bois, on le brosse, on utilise des huiles pour le saturer et le préserver. J’ai plaisir à brûler, à voir ce bois se transformer. J’ai l’impression de créer de la vie car avec cette technique japonaise, le bois ne brûle plus, il a une vie éternelle et c’est ça que je recherche afin de lutter contre ces angoisses de mort. La résilience du bois c’est la même que celle de l’homme : le bois renaît d’une destruction et l’homme renaît de l’acceptation de ses souffrances et de ses expériences. »

Mort, renaissance

©Lionel Bouffier

Et de cette catharsis est née la sculpture Femme Allumette, «  parce que je suis une femme. Cette allumette, un objet qu’on est censé jeter devient une œuvre d’art, cet objet qui est enfermé dans une boîte, comme nous dans cet univers. La vie nous consume, nous brûle. La femme allumette est déjà consumée par les événements, par les émotions. Elle est longiligne pour représenter la verticalité comme recherche spirituelle de l’être humain.  » Koss ne dissimule aucune de ses sources d’inspiration. Au contraire, elle leur rend hommage. Soulages a inventé l’outre-noir, il aimait cette manière de créer de la lumière, les réactions qu’on obtient avec le noir. Koss s’inscrit dans cette lignée. « Pour mes tableaux, j’utilise un noir que je fais venir de Londres qui absorbe 98% de la lumière. Ici encore je travaille sur la lumière et le noir, sur la vie et la mort, ça va ensemble. La lumière, c’est la vie mais elle se finit par la mort, ce noir, cette obscurité, et toutes mes œuvres explorent cette thématique : le sens de l’existence et, au bout, la finitude. »

©Koss
©DR

Pour aller encore plus loin dans le processus de création, Koss l’insatiable publie un recueil de nouvelles illustrées (Il n’y a pas de peur, juste de la lumière) et lance sa marque de design, Maison Koss, où elle propose des créations uniques en bois brûlé. Pour assouvir, une fois encore, son besoin vital de créer.

Photo de Une ©Mike Bruzmich