Municipales 2026 : L’égalité d’accès au numérique : une exigence démocratique pour 2026
- Par Mathieu Vidal --
- le 6 mars 2026
Dans le cadre de tribunes publiées à l’approche des élections municipales 2026, Mathieu Vidal, Président de l’Association Villes Internet, Enseignant-chercheur (géographe), explique pourquoi l’égalité d’accès au numérique est une exigence démocratique pour 2026.
Les enjeux de la dématérialisation
À l’approche des élections municipales et communautaires de mars 2026, une question simple devrait structurer le débat local : comment garantir concrètement l’égalité d’accès au numérique dans chaque commune de la France hexagonale et ultramarine ?
Car derrière la modernisation affichée des services publics se joue une transformation profonde des conditions d’accès aux droits. La dématérialisation des démarches, la prise de rendez-vous en ligne, l’usage de plateformes nationales, l’intégration croissante de fonctionnalités d’intelligence artificielle, etc., reconfigurent la relation entre l’habitant et l’administration.
Cette évolution peut simplifier et sécuriser les parcours ; elle peut néanmoins aussi créer de nouvelles barrières.
Les données disponibles en témoignent : selon l’Insee, en 2021, 15,4 % des personnes âgées de 15 ans ou plus vivant en France (hors Mayotte) étaient en situation d’illectronisme, c’est-à-dire qu’elles n’avaient pas utilisé Internet au cours des trois derniers mois ou ne disposaient pas des compétences numériques de base. Cela représente environ 8,5 millions de personnes. Par ailleurs, 28 % des personnes de 15 ans ou plus avaient des compétences numériques faibles ou nulles. L’illectronisme concerne 62 % des 75 ans ou plus, contre 2 % des 15-29 ans, et 34 % des personnes peu ou pas diplômées.
Une fracture numérique sociale et territoriale
Ces écarts sont également territoriaux : les habitants des communes rurales ou des petites unités urbaines sont davantage exposés aux difficultés d’accès. La fracture n’est donc pas d’abord technique ; elle est sociale et territoriale.
C’est précisément ce constat qui a structuré les travaux du 7e Congrès national des Élus au numérique organisé par l’Association Villes Internet. Les ateliers consacrés à l’accès au droit ont mis en lumière, à partir de cas concrets (demande de logement social par une personne allophone, dépôt de certificat d’urbanisme par une personne déficiente visuelle, création d’un compte France Connect pour un senior), les obstacles persistants : défaut d’ergonomie, accessibilité insuffisante, multiplication des plateformes, complexité des procédures.
Les propositions 2026
Les propositions adoptées à l’issue du Congrès des Villes Internet sont explicites : pour garantir l’égalité d’accès au numérique et prévenir toute dématérialisation excluante, plusieurs orientations structurantes ont été formulées :
– Assurer la poursuite et le financement des dispositifs nationaux d’accompagnement aux démarches administratives dématérialisées et d’inclusion numérique, en rassemblant les dispositifs Maisons France Services et Conseillers Numériques, afin de permettre leur développement sur l’ensemble du territoire et de consolider la professionnalisation des intervenants.
– Développer les Maisons France Services au-delà des seules zones rurales et des quartiers prioritaires, sous responsabilité des agglomérations, avec un contrôle à l’échelle départementale.
– Fusionner les métiers d’Agent France Services et de Conseiller Numérique en un métier unique de « Conseiller Numérique France Services », intégrant à la fois l’accompagnement aux démarches et l’inclusion numérique, avec formation et outils de suivi adaptés.
– Mettre en place une formation nationale au numérique et aux démarches dématérialisées pour les agents publics exerçant des missions d’accueil et d’accompagnement social en collectivité.
– Poursuivre les travaux de simplification des démarches administratives nationales en rationalisant le nombre de plateformes, en améliorant l’ergonomie, en développant la traduction automatique et en renforçant l’accessibilité des sites et applications.
– Créer l’obligation d’un bilan de compétences numériques adapté à la prise de fonction des élus, agents et collaborateurs, accompagné d’un parcours de formation tout au long du mandat ou de la carrière.
Ces propositions rappellent une évidence : l’égalité d’accès ne repose pas uniquement sur l’existence d’un site internet ou d’une application mobile (même si ces outils ont évidemment du sens). Elle suppose des moyens humains, une organisation territoriale, des exigences techniques claires et une formation continue.
Et si certains des enjeux - notamment financiers - questionnent directement le rôle de l’Etat, pour les équipes candidates aux élections municipales de 2026, l’engagement doit néanmoins être précis et vérifiable :
Quel maillage territorial d’accompagnement garantissez-vous pour que personne ne renonce à un droit faute de compétences numériques ?
Comment inscrivez-vous la médiation numérique dans votre budget et votre organisation administrative ?
Quelles clauses d’accessibilité, de simplification et de traduction imposez-vous dans vos marchés publics numériques ?
Quels dispositifs de formation obligatoires prévoyez-vous pour les élus et agents ?
L’égalité devant le service public est un principe constitutionnel. À l’ère numérique, elle ne peut être considérée comme acquise par défaut ; elle doit être organisée, financée et pilotée.