Edito - L’heure de « l’explication finale » ?
- Par Jean-Michel Chevalier --
- le 6 mars 2026
Il est devenu évident que, ni les Américains ni les Iraniens, n’avaient l’intention d’aboutir à un accord dans les négociations d’Oman qui précédèrent le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Il ne s’agissait que d’une partie de poker (très) menteur.
Les événements montrent que Donald Trump et Benyamin Netanyahou avaient dès le départ l’intention de détruire les missiles balistiques et les centres nucléaires pour se protéger des capacités de nuisance de la république islamique. Le régime de Téhéran, lui, ne voulait céder sur rien pour assurer sa propre survie.
Peut-être, sans doute, fallait-il en arriver là, hélas.
Le pari n’est pas sans risque. La coalition israélo-américaine dispose, certes, d’une force militaire sans comparaison avec celle des mollahs qui sont privés de leur aviation détruite ce printemps lors de la guerre des douze jours et dont la petite marine est en grande partie coulée. Mais l’Iran sait qu’elle peut, bien plus efficacement, perturber la production et le transport du pétrole vers les pays les plus riches : c’est là son arme fatale, à la fois économique et politique, aux conséquences en cascade incalculables.
Ormuz n’est pas une morne plaine, mais un détroit étroit, une cinquantaine de kilomètres de large seulement. Il est aisé d’y paralyser la circulation des navires de commerce et pétroliers. La présence dans la région de nombreuses bases américaines, de quatre bases françaises, et d’une britannique à Chypre ne sauraient garantir une traversée tranquille... Une soixantaine de navires appartenant aux grandes compagnies internationales, dont CMA-CGM, sont au mouillage, en attendant des jours moins incertains.
Trump-le-matamore devra composer avec une opinion publique - son talon d’Achille - qui lui reprochait déjà avant le début de cette opération « Epic Fury » de n’en faire pas assez pour le pouvoir d’achat. Les Américains risquent de ne pas comprendre pourquoi ce président qui avait promis être celui de la paix devient d’un coup celui d’une nouvelle guerre. Jusqu’où et jusqu’à quand sera-t-il soutenu dans cette entreprise ? Même chez les Républicains, même dans sa base MAGA, les interrogations et les doutes se font jour…
Pour Netanyahou, l’équation est différente. Dans cette nouvelle aventure guerrière, il a le soutien de sa classe politique. Les Israéliens dans leur ensemble voient là l’occasion d’en finir une bonne fois pour toutes avec le régime honni de Téhéran. Qu’Israël réussisse, et le Premier ministre retrouvera chez lui une aura et une crédibilité entamée par sa manière de faire la guerre à Gaza qui n’a pas épargné les victimes civiles.
On saura dans quelques semaines si ce nouvel embrasement sera bel et bien « l’explication finale » avec le régime sanguinaire de Téhéran qui a perfusé sa haine dans la région et jusque dans nos démocraties en nourrissant le terrorisme. Personne ne regrettera cette théocratie qui n’en avait que le nom, sauf ses maîtres qui cachaient leurs milliards à Dubaï qu’ils bombardent aujourd’hui.
Reste que les États-Unis se permettent d’intervenir urbi et orbi en dehors des règles internationales, et que cela malmène le fragile équilibre de la paix...