Lutte anti-contrefaçon, une destruction massive à Marseille pour marquer les esprits
- Par Gilles Carvoyeur --
- le 25 juin 2026
À Marseille, autorités et UNIFAB procèdent à la destruction de 200 000 produits contrefaits après la fermeture du Marché du Soleil.
Une opération d’envergure s’est déroulé le jeudi 18 juin à Marseille, puisque les autorités publiques et l’Union des Fabricants (UNIFAB) ont procédé à la destruction publique de milliers de produits contrefaisants. Cet événement symbolique, organisé suite à la fermeture définitive du Marché du Soleil, un point névralgique de la contrefaçon dans le sud de la France, a souligné la détermination à combattre ce fléau aux multiples facettes.
Un fléau économique et social en chiffres
La contrefaçon est loin de constituer un délit anodin. Selon l’OCDE, elle représente 2,5 % du commerce mondial, se chiffrant en centaines de milliards d’€ de marchandises illicites chaque année. Sur le territoire national, son impact est dévastateur car elle serait responsable de la perte de plus de 38 000 emplois annuels, fragilisant des filières entières. Le consommateur est souvent trompé à son insu, puisque 34 % des Français déclarent avoir acheté un produit contrefaisant en pensant qu’il était authentique. Ce chiffre grimpe à 37 % chez les 15-18 ans, une cible particulièrement vulnérable.
Derrière la tromperie se cachent des dangers bien réels pour la santé et la sécurité. La contrefaçon touche tous les secteurs, avec des risques souvent méconnus du grand public. Les textiles et maroquineries peuvent contenir des teintures au plomb ou des colles toxiques. Les jouets non conformes présentent des risques d’incendie ou d’étouffement pour les enfants. Les produits d’hygiène ou cosmétiques (gels douche, parfums, dentifrices) peuvent renfermer des substances allergènes, des métaux lourds ou des composants chimiques dangereux. Le risque est vital avec les médicaments falsifiés, aux dosages incorrects ou aux principes actifs absents, et les pièces détachées automobiles défaillantes, qui peuvent causer des accidents mortels.
Loin de n’être qu’une simple atteinte à la propriété intellectuelle, la contrefaçon est l’un des piliers financiers de la criminalité organisée transnationale, au même titre que le trafic de stupéfiants ou d’êtres humains. Un rapport de l’Unifab met en lumière les liens directs entre ces réseaux. Les bénéfices colossaux issus de la vente de faux sont utilisés pour le blanchiment d’argent via des sociétés-écrans. Plusieurs enquêtes internationales ont prouvé que des organisations terroristes tirent une partie de leurs ressources de ce commerce illicite. Enfin, les circuits de distribution de la contrefaçon sont souvent mutualisés pour acheminer armes, drogues ou migrants.
Une coopération public-privé exemplaire
L’opération menée à Marseille est le fruit d’une collaboration étroite entre le secteur public et le secteur privé. Étaient présents Corinne Simon, préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône, Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille, et Delphine Sarfati-Sobreira, Directrice générale de l’Unifab, aux côtés de la Douane et d’autres administrations. Cette synergie a permis d’intercepter plus de 200 000 faux produits et d’obtenir le démantèlement des réseaux d’approvisionnement liés au Marché du Soleil, envoyant un signal fort aux organisations criminelles.
La destruction publique de ces 200 000 articles n’est pas seulement un acte judiciaire car elle revêt une portée pédagogique essentielle. Elle vise à conscientiser les consommateurs sur les risques qu’ils encourent et sur les conséquences sociales et économiques de leurs achats. L’UNIFAB, partenaire historique des autorités (Douane depuis 1990, Gendarmerie depuis 2018 et Police judiciaire depuis 2024), poursuit son engagement. Après la Journée Mondiale Anti-Contrefaçon du 4 juin dernier, la mobilisation se poursuivra le 16 juillet à Cannes avec le lancement d’une campagne de sensibilisation estivale.