« C’est un total manque de respect pour les athlètes » : l’immense désillusion après l’annulation de l’Ironman de Nice
- Par Valérie Noriega --
- le 26 juin 2026
Le couperet est tombé à 48 heures du départ. En raison de la prolongation de la vigilance orange canicule dans les Alpes-Maritimes, la préfecture a décidé, ce vendredi 26 juin, d’annuler l’Ironman France Nice et l’Ironman 70.3, dont le départ était prévu dimanche. Une décision exceptionnelle, justifiée par la volonté de « préserver la santé des participants » et d’éviter une pression supplémentaire sur des services de secours déjà fortement mobilisés par l’épisode de fortes chaleurs.
L’annonce a provoqué une onde de choc chez les milliers de triathlètes venus parfois du monde entier pour participer à l’une des épreuves les plus emblématiques du calendrier. Après des mois de préparation, de sacrifices personnels et d’investissements financiers, beaucoup peinent à accepter une décision intervenue à seulement deux jours de l’événement. Si Ironman France a assuré travailler avec la Ville de Nice sur des solutions pour les athlètes concernés, la déception domine largement. Sur les réseaux sociaux comme dans les allées du village de course, les réactions oscillent entre incompréhension, colère et résignation. Plusieurs concurrents estiment que les conditions météorologiques annoncées étaient moins sévères que lors de certaines éditions précédentes, qui avaient pourtant pu se dérouler avec des dispositifs de sécurité renforcés.
Parmi eux, Me Julien Prandi, engagé sur le 70.3. Depuis le début du mois de mars, l’avocat avait consacré dix-sept semaines à préparer son objectif, cumulant 143 heures d’entraînement entre natation, vélo et course à pied, au prix d’un quotidien minutieusement organisé entre son activité professionnelle, ses audiences et sa vie personnelle. Pour lui, comme pour de nombreux participants, cette annulation laisse un profond sentiment d’injustice. Il revient sur les sacrifices consentis, sa réaction à l’annonce et la déception d’une grande partie des athlètes.
Depuis combien de temps prépariez-vous cet Ironman et qu’avez-vous dû mettre en œuvre pour être prêt le jour J ?
- Me Prandi : J’ai commencé ma préparation début mars, avec un rythme de six jours sur sept, soit 17 semaines d’entraînement, pour un total de 143 heures et 2 408 km parcourus. Par discipline, cela représente 42 heures de course à pied (410 km), 20 heures de natation (46 km) et 77 heures de vélo (1 800 km). Selon le planning prévu, cela représentait entre huit et parfois quinze heures d’entraînement par semaine. En pratique, cela veut dire se lever entre 5 h et 6 h tous les matins pour s’entraîner avant de se rendre au bureau ou aux audiences, ou encore sacrifier la pause déjeuner pour aller s’entraîner, avant d’enchaîner avec les dossiers, les rendez-vous, les audiences, les déplacements, etc.
C’est aussi accepter de ne pas sortir le soir avec ses amis, de ne rien programmer certains week-ends en famille afin de pouvoir s’entraîner et récupérer.
Bien sûr, on ne s’en plaint pas puisque c’est le jeu et que c’est un choix. Mais, sur la durée, il y a des moments où cela devient pesant et difficile. On sait toutefois pourquoi on le fait. Cela reste un sacrifice personnel, même si, comparé à ceux qui préparaient le full Ironman (comme par exemple Valentin Augier, une jeune confrère), il est moindre.
Quelle a été votre première réaction à l’annonce de l’annulation ?
– Incompréhension, déni, colère…À la même date il y a celui de Frankfort, qui est maintenu pour le 70.3 et en distance réduite pour le full, alors que la météo annonce 38 degrés là-bas, contre 30/31 ici… En 2025, il faisait 38 degrés en annonce météo à Nice, et l’événement a été maintenu avec très peu d’incident. En 2026, on est bien en dessous, avec des conditions moins dures, et on nous annonce une annulation à 48h du départ… Alors que la météo est connue depuis une semaine…C’est un total manque de respect pour les athlètes, surtout pour ceux qui viennent de loin et qui ont engagé des sommes importantes pour le déplacement. Et d’autant plus que les personnes qui participent à ce type de compétition sont entrainées et préparées, ce n’est pas comparable avec des petites courses où Monsieur tout le monde se dit « tient je vais essayer » avec une prépa minime voir quasi inexistante où là il peut y avoir un risque avéré.
Des réactions d’autres compétiteurs autour de vous ?
– Très nombreuses ! il y a beaucoup de colère et d’incompréhension.
Ils le vivent tous comme une injustice et comme une décision politique dénuée de sens quand ont compare avec les précédentes éditions qui ont eut lieu dans les mêmes conditions, voir pire, et avec très peu d’incident. Beaucoup on fait de nombreux sacrifices durant ces mois de préparations, et ils vivent très mal une telle annonce à 48 heures du départ, alors que les conditions permettent clairement de faire la course, et que l’organisation avait mis en place un vrai dispositif avec des douches sur le parcours de running, des ravitaillements tous les 800m au lieu de 2.5km, etc.
Comprenez-vous la décision des organisateurs d’annuler l’épreuve ?
– C’est toujours compliqué de raisonner de façon rationnelle quand on est impacté personnellement. Je suis juriste, donc je comprends, du moins j’entends le principe de précaution annoncé par la Préfecture. En revanche, les arguments annoncés sont totalement inopérants quand on compare les conditions de cette année avec celles des années précédentes ou d’autres courses Iron Man qui ont peu se dérouler dans des conditions plus exigeantes. Encore une fois, on fait face à une décision politique, prise par des technocrates qui n’ont jamais fait de sport à ce niveau et sont incapables de comprendre que les athlètes engagés sur ces courses sont préparés, et savent ce qu’ils font et comment ils doivent le faire. Il y a surtout un énorme manque de respect vis-à-vis de toutes ces personnes quand on prend une décision en sous-marin comme cela, à 48h de l’évènement. Difficile donc de comprendre une telle décision quand on regarde en arrière et au tour de nous.
Avez-vous déjà d’autres objectifs ou compétitions en vue cette saison ?
– En novembre je fais le marathon de Nice-Cannes en relais 2x21.1km, et je viens de m’inscrire au Half Triathlon d’Evian de septembre 2026 pour compenser Nice, et ne pas rester sur une telle déception après des mois de préparations et de sacrifices.
La veille de cette annonce, la Ville de Nice avait confirmé qu’elle ne financerait plus l’organisation des Championnats du monde IRONMAN à partir de septembre, invoquant une économie de 1,5 million d’euros par an. En revanche, l’épreuve historique de juin est maintenue pour les éditions 2027, 2028 et 2029, garantissant la pérennité de l’Ironman de Nice (sauf canicule...) malgré la fin du soutien municipal aux Mondiaux.