« La réindustrialisation n’est plus un débat théorique : elle est une nécessité stratégique, économique et territoriale » analyse Marcel Ragni, président de l’UIMM (métiers de la métallurgie). Surtout dans les Alpes-Maritimes où l’industrie représente plus de 31 000 emplois pour 2 200 établissements. « Elle constitue un socle d’emplois qualifiés, de compétences et d’innovation » pour lequel il est indispensable « d’organiser les conditions d’accueil : foncier économique, logement des actifs, mobilité, développement équilibré ». Mais dans toute la région PACA, la réindustrialisation se heurte à « des contraintes structurelles fortes » avec un déficit de logements sur des territoires dynamiques économiquement et démographiquement, avec une inadéquation entre la production immobilière et les besoins des actifs dans les secteurs touristiques, la rareté du foncier et les contraintes géographiques. Dans un territoire comme Grasse-Cannes-Sophia (2 500 entreprises, 38 000 salariés, 4 500 chercheurs, 5 000 étudiants, 6 milliards de CA) « la question est de savoir si nous sommes en mesure d’absorber cette dynamique ». Sur la Métropole, 15 000 emplois industriels mais 21 % de résidences secondaires, 20 de résidences principales de moins de 20 mètres carrés et 10 % de logements vides. « Nous construisons, mais pas forcément pour ceux qui produisent » regrette Marcel Ragni.
Le président de l’UIMM a fait ses calculs. En fonction des nouvelles implantations industrielles prévues et des projets d’agrandissement d’entreprises, il faudrait construire entre 13 et 20 000 logements d’ici 2030 sur Grasse-Cannes-Sophia alors que nous n’en produisons que… 1 675 par an en moyenne. De 8 à 10 000 logements seront nécessaires sur la Métropole dans les cinq ans pour absorber le développement. « Nous risquons de de recréer des emplois sans pouvoir loger les salariés ». Pour sortir de l’ornière, les industriels azuréens suggèrent (avec insistance) de mobiliser les friches et le foncier public, de réorienter la production de logements vers les actifs, de simplifier et sécuriser les procédures.
Un message lancé en direction des maires, premiers aménageurs du territoire de leurs communes.
Jean-Michel Chevalier (texte et photo)